20.3.12

Le champ de sable #4

Comme chaque jour, Camille préparait la balade. Léa babillait dans le parc, du haut de ses six mois elle commençait à se retourner avec vigueur, jouait avec tous les objets qui passaient à portée de main. Camille avait décidé de ranger la nacelle du landau qui se faisait maintenant un peu étroite pour Léa. Elle enleva les garnitures en coton rayé pour les mettre à laver. Le fin matelas en mousse s'enlevait facilement de la base du couffin qui avait un dossier relevable. Elle senti sous ses doigts le petit bonnet qui entourait la tête de Léa à sa sortie de la maternité. Tout lui revint en mémoire.
Elle ressenti à nouveau la sensation qui l'avait saisie alors qu'elle passait les portes coulissantes de l'hôpital, Léa dans ses bras. Elle se souvint de son coeur qui battait à tout rompre, de sa frayeur, de son bonheur. Elle n'avait pas souffert la naissance, elle n'avait pas senti la douleur, elle n'avait pas entendu le premier cri, mais cet enfant était sa fille, elle le savait, elle le voulait, elle l'avait tant attendue. Elle n'avait croisé qu'une sage-femme dans les couloirs, elle lui avait souri, en continuant d'avancer, Léa contre elle, endormie.
Elle avait rejoint sa voiture, l'air doux caressait le visage, elle avait tout prévu déjà, puisque la nacelle était déjà fixée aux ceintures de la banquette arrière.
Elle avait posé Léa tendrement et avait démarré, vite, l'euphorie de cet instant magique où elle se sentait enfin mère.
Quelques jours sur les routes, quelques nuits dans les hôtels le temps de rejoindre la côte ouest où elle avait sa maison qu'elle avait quittée quelques mois avant, le temps de se préparer à sa nouvelle vie.
Camille referma la porte de ses souvenirs, de l'angoisse qui l'étreignait à chaque fois qu'elle tournait le bouton de la radio ou qu'elle effeuillait les pages du journal.
Elle était heureuse.
La poussette était prête, le temps idéal avec ce ciel bleu et frais, elle décida de longer la côte, empruntant le sentier qui sinuait entre les dunes. A sa droite elle verrait l'océan, à sa gauche les douces ondulations de l'espace naturel protégé qui rendait la région si belle.
Ce n'était pas encore la saison touristique, elle ne verrait encore personne, peut-être un ou deux cyclistes, peut-être des marcheurs.
Mais elle n'avait pas pensé à ça, non, elle n'avait pas pensé à ces silhouettes qui rampaient dans l'herbe, dissimulées par les tenues de camouflage.
Elle ne pensait pas à ça quand la balle avait sifflé à son oreille.


4 commentaires:

  1. Pfiouhhhh !
    Y'a du tueur en série là dessous :(
    Vivement l'épilogue...(Quel suspense, bravo ! )

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    1. Les apparences sont trompeuses dans la fiction. Il n'y a guère que la réalité qui peut nous rappeler comme tout peut-être édulcoré dans les mots.

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  2. euh " elle n'avait pas souffert la naissance " ?
    Finalement tout va trop vite, tu as raison.
    Je trouve, cela vaudrait la peine, la tienne, de le reprendre en longueur pour s'étendre dans l'espace-temps avec les personnages .

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    1. Ton commentaire ne pouvait pas me faire plus plaisir... je jubile!!! :-))) (et je suis mdr!)

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Un petit mot n'est jamais si petit.

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