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7.5.12

Si, Mais...enfin!

J'avais cuit la tarte avant les résultats. 
Parce que ça ne pouvait pas être autrement. 
C'est comme ça,
Le changement.


12.3.12

The day book

je vais faire une série de photos "à hauteur de nombril" je commence là. 

J'étais ravie dans la librairie du même nom, même si elle avait changé de place. A l'époque, je sortais du lycée pour aller lire quelques BD sous l'oeil désapprobateur du libraire, un grand type dégingandé à la mèche rebelle et aux lunettes cerclées de noir. Il savait bien que je n'achèterai pas. Il n'avait pas la conscience que lire est un besoin vital, et qu'un jour j'y mettrai mes propres sous. Dans une autre ville, une autre librairie, avec les canapés pour lire, où j'ai autant lu que dépensé.
Vendredi il faisait beau, j'ai acheté trois livres. Ça fait bien longtemps que le libraire ne me voit plus, et puis sa librairie elle a bien changé, dix fois plus grande.
Ma soeur aussi a acheté des livres.
On est rentrées avec nos sacs rouges, dans la voiture, on les a posés à ses pieds, et puis je l'ai laissée à sa voiture un peu plus haut, vers le Likès.
Arrivée une heure plus au sud, je me suis aperçue qu'on avait échangé nos sacs. Pas grave. Je lirai ses choix avant les miens. Et puis on se voit dimanche.
J'ai à peine eu le temps d'en commencer un, à vrai dire, que je savais déjà que j'allais lui emprunter les autres du même auteur. Et lui rendre son livre.
Quand tu achètes un livre, tu sais à l'avance le goût qu'il aura. Enfin, tu espères. Tu imagines. Tu te fies parfois à la couverture, parfois aux premiers mots lus sur la page, ou bien la quatrième de couverture.
Ou encore, l'avis qu'on t'en a donné.
Parfois, tu fais un échange spontané et tu découvres quelque auteur que tu n'aurais a priori pas choisi.
Tu te délectes des premiers mots, tu dégustes ou tu dévores.
Je ne pouvais pas ne pas rendre tout de suite son livre à ma soeur. Je le lirai plus tard.
Dimanche, j'avais son sac rouge avec les livres dedans.
Je lui ai dit que je lui emprunterais bien ceux de l'auteure. Elle est allée en chercher deux qu'elle avait. Je les ai mis dans mon sac besace et lui ai tendu son sac rouge. En réclamant le mien.
Dix minutes plus tard on cherchait encore.
Quand soudain, on a pensé à la chambre des parents.
Comme un cadavre sur le lit, le sac rouge, vide. Une preuve qui nous semblait évidente. Mais bon sang mais c'est bien sûr, un sac de librairie tout neuf à la maison, c'est forcément que papa allait le prendre.
(Oui, parce que pour quelques jours encore ma soeur vit chez nos parents avec sa famille). On s'est dit ça, parce que depuis notre naissance quasiment, les batailles de livres en rentrant du Furet ou bien de Dialogues étaient hebdomadaires, on s'attribuait les livres, à celui qui disait prem's, à celui qui gueulait le plus fort "non, moi!" à celui qui voulait bien céder son droit légitime éventuellement. Donc, il était raisonnable de penser que puisqu'il y a des nouveaux livres, les parents les liraient.
Nous avons soulevé les livres sur la table de nuit, sur l'autre table de nuit, regardé sous le lit, sous l'oreiller, sait-on jamais, rien, nada, no book à moi.
Quand papa est entré dans la chambre "les livres? ben je les ai mis dans ton sac"
Aaah, ok, bon, je vais voir alors.
Entre temps j'avais aussi récupéré quelques livres prêtés récemment ou anciennement, des livres que j'avais presque oubliés.
Mon sac, à main, était gonflé comme une baudruche, mon APN n'aidant pas.
Mais dedans ni mon Paul Auster, ni mon Ake Edwarson, ni...ni, je ne savais plus ce que j'avais acheté dis donc. (je dis mon, t'as vu, les livres sont à moi).
J'entendais les voix dans le couloir, je criais que les livres n'étaient pas là, j'entendais le "mais si", quand ils réalisèrent que les livres, papa les avaient mis dans le sac de ma soeur.
Ben tiens.
Pour résumer, j'ai acheté trois livres à Ravy, je suis rentrée avec, et quatre autres de ma soeur et cinq autres rendus. Tout n'est pas rentré dans mon sac, finalement, j'ai aussi récupéré le sac rouge, le mien.
Mais après avoir porté une table en verre sur 300 m, soulevé un argentier léger, un secrétaire lourd, des chaises, en bois, je n'ai plus de bras. Alors pas de...
Oh, si, quand même, je peux encore bien soulever un livre.


5.3.12

Carnavalesque Locoalo-mendonesque.

Samedi, mon APN a chauffé. Grave. C'était un jour plein, un de ces jours où tu n'as que le temps d'agir, tu fais, tu fais, sans réfléchir, tu sais que c'est inutile de penser, que ça viendra après.
Samedi, c'était carnaval, et je savais que le canard prendrait quelques unes de mes photos, alors j'ai laissé tomber mari et enfants dans le défilé, le fils lui est allé à son cours de dessin, les zotes m'ont vue maquiller les filles, et partir en courant d'air faire mon travail, mais honnêtement m'éclater.
Je ne pensais pas que ce serait aussi bien. Locoal-Mendon, pour sa troisième année de carnaval laissé aux mains du comité des fêtes et des habitants, fait vraiment un travail formidable.
Je vais vous montrer, patience.
Et, pendant le carnaval, une amie m'avait demandé si je voulais bien venir faire les photos du mariage de sa belle-fille. J'avoue que j'ai eu un peu peur, parce qu'un mariage, ça doit rester dans les souvenirs, et bien souvent, les photos ravivent ce souvenir. C'est pas rien les photos de mariage. Je regarde les miennes avec émotion, en me reconnaissant à peine, mais je nous trouve pas si mal.
Je m'étais dit, chouette, je vais me lacher. Mais, en regardant les photos, j'ai aussi pensé, mince, non, je ne peux pas me lâcher tant que ça, un mariage c'est sérieux, ce sont des photos qui feront le tour de la famille, qui montreront aux absents, qui seront aussi le souvenir d'un moment.
Alors j'ai décidé que je serais sérieuse, je les laisserai beaux comme ils l'étaient (sans rire, un mariage comme ça où tout le monde est beau, vrai, sans mentir, c'est presque trop facile!). Mais, aussi, je doublerai les photos par mes arrangements à ma façon, parce que j'avais aimé ça aussi dans l'album du nôtre, les petits effets entre amis.
C'était un samedi plein, je vais vous en montrer quelques traces...


Et puis






Bon, j'en ai un peu plus sur l'album Carnaval de Locoal-Mendon. J'en ai gardé 28 des 200 et quelques prises...
ICI

Et du mariage, je ne vous montre que ça :



Voilà.
Have a nice day!

30.1.12

La lettre

Ce matin, il y avait deux choses nouvelles qui m'ont fait plaisir, n'ayant aucun rapport entre elles si ce n'est le média qui les a introduites dans mon oreille.
Léonard Cohen et le Jury du livre Inter.
Pour le premier, c'était à l'époque un 33 tour des parents qui, glissé sous le diamant alors que j'avais 16 ans, répondait à toute la mélancolie qui était la mienne. Je ne comprenais pas les paroles, mais cette voix, nomdidjiou, cette voix me faisait vibrer.
J'en ai acheté un seul depuis, pour dire que je suis fan mais pas à la folie, que j'écoute de temps à autre parce que l'homme de la maison n'aime pas. Pour lui ce n'est pas de la musique. Mais j'adore toujours fredonner Léonard...alors cet album, dès qu'il sera sur la plateforme où je suis abonnée, j'écouterai.
Entre Higelin 70 et Cohen 77, je me dis que c'est dans les vieux pots qu'on fait la meilleure soupe.

Pour le jury du livre Inter, c'est autre chose, c'est au moins aussi vieux dans mon souvenir, au moins aussi vieux que l'envie d'avoir une librairie.
La librairie j'ai fait une croix dessus, ma maison finira bien par y ressembler.
Mais là, vois-tu, c'est un truc qui me trotte à chaque fois.
Chaque année pendant 20 jours, je me lève avec l'idée d'écrire une lettre.
Une lettre à France Inter, une lettre entière, qui dit le livre.
Enfin, qui dit ce qu'il est pour moi, ce machin que j'ouvre, que je sens, que je respire, qui me tache les doigts de noir, qui me fait partir, qui me fait pleurer parfois, ou rire, voire glousser comme une dinde, qui me fait dire des passages à voix haute à l'agacement du conjoint qui soupire, qui m'est cher (le livre, et le conjoint of course).
Je ne peux pas rester sans lire.
Et lire me fait grandir.
Ou me permet d'attendre des heures qui deviennent des minutes.
Ou me donne envie d'écrire.
Ou me décourage d'écrire.
Ce matin, c'était un petit peu différent.
Je pensais à deux personnes à qui je laisserais ma place s'il fallait choisir entre elles et moi.
Deux lectrices.
Laure et Stéphanie.
Avec ces deux là, on s'est déjà échangé un livre, des disques, des lettres.
Elles lisent.
Elles écrivent.
Je me suis dit que ce serait chouette de s'écharper sur un livre qui nous partagerait. Ou que ce serait chouette d'aimer un livre pour des tas de raisons différentes.
Parce qu'un jury qui aime un livre, il le choisit pourquoi?
Est-on objectif dans le choix d'un livre?
Moi, non.
Ou j'accroche, ou je n'accroche pas, je suis incapable d'en faire une analyse comme on a appris au lycée, ça me fait braire ça. Non, je suis capable de dire que le choix des mots, la danse des mots, leur musique, leur tempo m'a fait valser, basculer, onduler. C'est tout.
Alors ce matin, c'était le premier matin où je me dis jusqu'au 20 février, est-ce aujourd'hui que j'écris cette lettre?
Et tu sais pourquoi?
Parce que c'est l'occasion de lire des livres que je n'aurais pas choisis. Et que donc, je découvrirais des auteurs, ils me tomberaient sur le coin de l'oeil, ils me bouleverseraient peut-être.
Je voudrais être bouleversée par le choix des autres. Aussi.
Mais bon.
Faut l'écrire cette lettre. Et comment dire bien ce qui tient tellement à coeur?


24.12.11

22.6.11

Radio émotion.

J'avais l'intention de fermer les yeux quelques minutes. S'allonger, fermer les yeux. Ecouter la radio. J'adore écouter la radio les yeux fermés. Pas les infos. Les histoires d'agression, de meurtres et de bactéries, n'aident pas au repos. C'était l'après-midi. Mon fils venait de nous faire un dessin de chat, un joli chat bondissant, qu'il a déposé sur la couette, à côté de moi, "pour papa et pour maman de la pare de M."
Et puis, j'ai entendu cette voix âgée, très âgée, avec de la difficulté à respirer, un homme de 95 ans qui dit les mots d'un autre, les poèmes qu'il connaît par coeur, un de Tristan Corbière, un breton, comme il dit. Il le récite à la journaliste. Je suis saisie par la beauté du poème, à demi endormie. Je réalise que je n'entends bien les mots que quand je suis au repos. Qu'ils ont alors, plus de force. Je peux les goûter pleinement.
C'est comme certains de vous que je lis, je suis séduite, souvent par les textes, les phrases, parfois juste quelques lettres assemblées.
Quand je suis dans l'action, tous les jours, incapable de trouver un moment, sans que j'en "manque" parce que le quotidien me plaît aussi, je ne peux pas lire de la même façon.
Alors, ce vieil homme qui récite. Comme si c'était pour moi, parce que c'est à la radio, juste dans le creux de mon oreille, une voix.
Et puis, on apprend que l'homme est mort. La journaliste (la petite-fille de l'homme) revient voir sa grand-mère. Parler de son Papi. "Ce qu'il reste après". Après l'amour, après la mort. La grand-mère à la voix vive et rieuse, raconte. Elle parle à son homme parti. Elle réchauffe son urne qu'elle trouve trop froide. "J'en suis là", dit-elle. Et la voilà qui récite à son tour les poèmes qu'elle n'écoutait que d'une oreille du vivant de celui qu'elle aimait, elle les apprends à son tour.
Comme si, à travers les mots des autres, elle conversait encore avec son mari.
Ce qu'il reste après, ce sont encore les mots.

Emission de Daniel Mermet "Là-bas si j'y suis"

mercredi 22 juin 2011

Les derniers jours



"Celui qui cy maintenant dort
Fit plus de pitié que d'envie,
Et souffrit mille fois la mort
Avant que de perdre la vie.
Passant, ne fais ici de bruit
Garde bien que tu ne l'éveille :
Car voici la première nuit
Que le pauvre Scarron sommeille."
Épitaphe de Scarron

Les derniers jours d'un grand-père, René, enregistrés par sa petite-fille, Inès.
Avec la grand-mère, Jeanne.
Un reportage d'Inès Léraud

14.6.11

Un foyer?

J'ai connu des tas de cuisines. 
Evidemment quand on déménage tous les quatre, voire tous les ans, ça en fait des maisons. 
Je crois bien qu'une des premières dont je me souvienne, à part celles des grand-mère, quoique cuisine soit un mot très inadapté pour l'une d'entre elles, et pourquoi dis-je "elles" d'ailleurs, j'aurais pu dire "il" aussi, puisqu'il apportait le gâteau du dimanche, bref, une des premières, est blanche. 
Etait-ce du formicamidable? Le truc où l'on aurait bien du mal à parler d'obsolescence? (rien que dire ce mot, alors l'écrire, je te dis pas, et déjà tu te sens plus intelligent, alors qu'en fait c'est qu'on (la société de consommation, les méchants tu vois) te prend pour un Con, oui, je dis des gros mots, et celui-là jamais au féminin, va savoir pourquoi). Oups, je digresse, mais c'est à l'insu de mon plein gré, vois-tu, On (mon homme et moi) a été très fâchés aujourd'hui avec la société de consommation. Une histoire de Hotte. 
Pas celle du Père Cocabidule non, celle qui fait du bruit dans une cuisine. 
La nôtre ne fonctionne pas depuis, allez, à la louche, deux ans, elle était juste là pour faire joli, on posait des trucs dessus aussi. Puis on l'a démontée hier, tu sauras pourquoi taleure, si je termine, tellement j'ai de l'énervement en moi, là, tu sens. On l'a démontait un peu pour s'en débarrasser, un truc qui ne sert à rien, on fini par jeter. Par acquit de conscience, monsieur jette un oeil, juste un, et voit le truc de travers, celui qui tourne dedans, forcément pas dans l'axe, axe cassé, axe réparable, se dit-il. 
Et voilà qu'il découvre que deux pièces en contact avec l'axe, sont juste collées entre elles. Une hotte, ça vibre, la pièce se décolle, le truc casse, et toi tu fais quoi? soit tu payes un réparateur, t'as pas les sous, soit tu décides de te passer de hotte. Ou bien tu répares. Une vis plus loin, c'est chose faite. Une vis. Tu sais, un truc qui ne se décolle pas au bout d'un ou deux ans d'utilisation...Comprends-tu le pourquoi de ma fâcherie?
Première cuisine blanche, donc, et dont les meubles si ça se trouve, sont encore debout. 
Puis ensuite, en bois. Des portes en bois. Ce sont des pièces où je passe, mais où je ne reste pas, m'intéresse pas tout ça, sauf pour piquer dans les plats. La cuisine par la fenêtre de laquelle je voyais passer le fantôme de ma grand-mère, celle qui avait une cuisine sans doute, un endroit où la popote popotait, mais bon, une cuisine? 
Puis ensuite, une formica marron. Pas formica? oui, peut-être mais marron c'est sûr. Et des portes qui claquent quand on les ferme. Une table dans la cuisine. On y mange sous la lumière blanche du néon, et on voit un prunus derrière la fenêtre. Les repas y sont toujours animés. On cause, on crie, on boude derrière ses boites de céréales...Je crois bien que toutes ces cuisines étaient moches au final, question déco veux-je dire, je ne me souviens pas d'y avoir vu de couleurs. Mais qu'est ce qu'on y passait comme temps! On y avait du plaisir, si.
Un jour, je suis partie.
Parlerons-nous encore de cuisine? oui, parce que j'avais apporté des assiettes de la maison, et j'ai appris à me servir des plaques électriques et à m'en dégoûter. J'avais un petit four aussi. Je l'aimais ce petit truc de 36 cm, avec la porte en verre et le gâteau qui colle aux résistances, mais comme j'ai été contente un jour, d'avoir une gazinière trouvée à Emmaüs. 
On a eu une cuisine immense, enfin, avec des placards immenses, c'est simple on y aurait tenu debout, tout s'y planquait. On était fiers d'avoir notre appart, avec des draps blancs qu'on avait punaisés aux murs pour cacher la tapisserie tellement elle était...
Il y a eu la plus belle, une jaune, jaune à Brest, c'est pour croire au soleil, et ça y faisait. Plein sud avec un toit terrasse. Bon, côté nord 70% d'humidité dans les murs, on a décollé tous nos meubles pour ne pas qu'ils moisissent. Mais la cuisine! On avait dégotté en trocante une table de bistrot des années 40, et les chaises idoines au dos rond qui se moule au tien. La vaisselle sur une étagère métallique blanche. A vue. Bordel à vue aussi. Mais peu importe. 
Un jour, on a eu notre appart, le vrai, celui où on peut percer les murs, voire en abattre. Chose faite. Gazinière qui ressemblait à une cadillac, en émail, superbe, vrai de vrai, une occas aussi, des boutons comme dans les films américains des 60's. Un capot. Et on a eu des placards, avec des portes qui claquent.
On est pas restés longtemps, juste quelques mois, et puis un travail. Qui nous apportait sécurité matérielle. On a loué. Vue sur le port. Au-dessus d'un bar. Oui, mais vue sur le port. Oui, mais au-dessus d'un bar.
On a trouvé le terrain et la suite, tu connais.
Pour dire que les cuisines,  j'en ai vu. J'y ai réfléchi. Je n'ai jamais voulu/pu/voulu qu'elle soit faite par quelqu'un d'autre. Quand on commence à bricoler, on sait le temps que prennent les choses et leur valeur réelle. On apprend. On s'améliore. On peut faire soi-même, sans que ce soit une trop grosse prise de risque. Alors, un jour, de mes petites mains j'ai monté des carreaux de plâtre pour poser un plan de travail de 3 mètres dessus. Et dessous, ça faisait étagère. 
Et maintenant, on reçoit du monde. Mon rideau étagère faisait minable. Les caisses derrières débordaient de tout, pas assez de place ma fille. 
Samedi, on a acheté des meubles en kit dans la maison suédoise, et là, c'est monté. Oui, tu lis bien, en deux jours, on a monté euh...quatre meubles tiroirs et six meubles suspendus. 
Au bout des mes pérégrination culinaires, j'en suis arrivée à considérer la cuisine comme la pièce à vivre de la maison. Maintenant, elle se confond totalement dans une unique pièce où on a le salon aussi. 
Ce n'est pas une cuisine. Enfin, si, parfois j'y fait les repas, souvent la boulange, les salades de fruits...
Mais, quand j'avais du monde à manger l'autre(s) jour(s), il n'y avait aucune rupture entre les plats et l'assiette, c'était facile. Aujourd'hui, j'ai des rangements en pagaille, mais surtout, j'avais envie qu'ils ne ressemblent pas à des meubles de cuisine. Je vais accrocher des photos. Décorer. Les enfants continueront leurs dessins sur la table et moi j'y poserai encore l'ordinateur. 
J'avais envie d'un foyer. 
Où je vois le feu dans la cheminée et les enfants lire. 
Où je regarde mes amis trinquer, et le plat mijoter.
Bienvenue.

Tiens, j'en rajoute une pour l'horizon de Lôlà :-)
Et je vois que nous allons ranger la bibliothèque et planquer la vieille TV. :-). 

9.6.11

Le Plein.


C'est ainsi.
L'hiver fut long. Le printemps précoce. Le ciel clément.
Soudain, la vie reprend. Elle arrive sans prévenir ou presque, il y a des prémices. Elle s'annonce. Et puis, un jour, elle déboule.
Des moments beaux comme s'il en pleuvait, de l'amitié à s'en nourrir, des plaisirs simples, le bonheur.
Le soir, tu te couches en te demandant si tu vas réussir à te lever le lendemain et tenir bon. Il se trouve que ces soirs-là, tu t'endors comme une souche (tu n'as plus l'âge de dormir comme un bébé) et le matin te trouve engourdie mais entière Agnès, alors, tu redémarres, aussi fiable qu'un diésel.


Tu simplifies à l'extrême. Tu abandonnes les gâteaux pour des salades de fruits, jolies, tu ne penses même plus à l'écran qu'un jour, tu sais bien, tu reverras, tu profites juste de ceux qui sont autour de toi.
La nuit, tu tentes de mémoriser avant de sombrer.
Tu essaies de faire beaucoup en peu. Les pauses sont courtes voire inexistantes, tu cours, parfois tu ferais deux trucs en même temps que ça ne te surprendrait pas.


Parfois, les imperfections. Tu en oublies même le dessert. Inconcevable. Et pourtant. Personne ne t'en veux. C'est de la bonne volonté en boite, ils te disent qu'ils sont contents. Toi aussi forcément.
Refaire connaissance. Se faire vouvoyer par un djeuns, mon dieu, mais serais-je donc vieille? Appelez moi madame, tant qu'à faire. Plaît-il?
Voir et manger avec 24 personnes en 6 jours, sans compter les enfants...11, ni les Zôtes, 10. Faire le plein. De tout et de riens. 
Se trouver sociable finalement. Aimer ça.
Et retrouver un soir son écran, dans un salon désert, et retenir des bribes d'instants passés, pour partager. 
Ne rien oublier. Juste, comme le bon vin, décanter. 



6.6.11

Un dimanche à l'Ouest.


 La veille, au crépuscule torride d'une journée brûlante, je mets la dernière touche au gâteau qui fait l'union de tous autour d'une table. Je suis dans un calme serein, les enfants dorment, l'homme travaille, j'entends les oiseaux qui chantent encore, tant que la lumière dure, ils jouent. J'aime faire ce gâteau, qui s'apparente à une construction, une pierre par ci, une autre par là. Et il détend.
Parce que cette fin de semaine a été dure. Façon de parler. Un premier repas autour d'une table ronde, mercredi, avec des amis comme on aime, dehors et dedans puisque c'est presque l'été.  Le lendemain, un dîner autour d'une table rectangulaire (ne devrait pas t-on dire "aurectangle"? ) avec des amis comme on aime encore, dans une maison neuve qui s'était mise sur son 31.
Vendredi soir, oh, si nous dînions chez nous, avec des amis qu'on aime, sur la terrasse à la lueur des bougies?

 (Oui, j'ai de l'or aussi dans une partie de ma vaisselle, et puis deux ou trois nappes blanches, c'est mon côté bourgeois )
Alors samedi soir, repos de fête, juste pour préparer celle du lendemain.
Je Lui ai dit, demain matin, s'il y a du vent, pourquoi n'irais-tu pas faire de la planche? Histoire de se détendre puisque je ne lui ai pas laissé l'occasion de penser qu'il pourrait faire le gâteau.
Il n'y a pas eu de vent, pourtant il l'a attendu un certain temps, dimanche.
La table des Zôtes desservie, j'ai mis la nôtre. 13 personnes, c'est un bon nombre malgré ce qu'on en dit, puisqu'en ajoutant deux tables en long, nous sommes tous bien assis. Grillades sous un ciel gris inutile puisqu'il n'a pas délivré de pluie. Et balade au bord de l'eau. Comme les couleurs étaient fades, le ciel gris c'est plat et terne, je me suis amusée à trafiquer les photos.
On a encore vu de beaux bateaux, ceux qui nous font encore rêver, un jour peut-être, ceux qu'on a même pas envie d'avoir parce qu'on sait ce qu'ils coûtent, et qu'on a pas besoin de ça pour être bien sur l'eau, ceux qui font sourire, quand on y sent le plaisir du propriétaire à le lustrer, le faire briller, ou bien parce qu'on se rappelle du nôtre, à l'école de voile, quand on prenait des cours ou qu'on en donnait, et puis les mini-croisières dans la rade.

Et puis, un port,  ce sont des engins étranges, qui roulent pour lever, et toutes sortes de bers, pour que le bateau à sec retrouve ses couleurs. 


C'est beau l'étrave d'un bateau, qui file sur l'eau bientôt.
Je ne suis pas bien sûre qu'on aie eu le droit de se promener là, mais j'ai vu des noms de bateau rigolo, de "Grenouille" à "Toubab", et "Volage".

Le Toubab a t-il été volage avec la grenouille?
Le tribunal nous le dira peut-être.


2.6.11

Bretagne For Ever...


J'ai pris la moto, j'ai roulé. J'avais le but d'aller au bord de l'eau, là où les gros bateaux. Les grands. Ceux qui vont loin. Là aussi où le collier de perles et les carrés Hermès se frottent aux bottes de caoutchouc et à la barbe de trois jours. Contrastes amusants. Richesses différentes. Celle de l'apparence, celle de la liberté. 
J'ai dépassé l'eau, passé le pont en travaux, et par hasard, je suis tombée sur une très jolie, mignonne chapelle, ouverte, quelle chance.
J'aime quand l'impromptu rencontre le beau. Que le soleil fasse une lumière bleu et rouge. Que l'air soit salé. Et que claquent les drisses. 






See you later...

30.5.11

Les maisons pas comme les autres.




Les maisons courant d’air, les maisons moulins, les maisons vides, les maisons tristes.
Et puis les maisons fenêtres, les maisons murs, les maisons portes.
On peut aussi trouver des maisons de guingois, des maisons hautes et des maisons basses.
Et encore les maisons souvenirs.
Il y a ta maison, celle de tes parents, et pourquoi pas des grands-parents.
Tu traverses beaucoup de maisons dans ta vie.
Tu y passes, tu y dors, tu en oublies, parfois tu tentes aussi de les retenir.
Chaque lieu est marqué d’une maison.
Celle de ces vacances avec des amis quand tu étais gamine. Celle de ta grand-mère dont les pierres feront partie de celle de tes parents. Celle d’une autre grand-mère devant laquelle tu passes, mais qui ne t’appartient plus, alors que tu y a tes marques. De toute façon ce serait trop difficile d’y retrouver l’âme de tes rires, de tes Noëls, des bruits de tes pas sur les marches de bois.
Ta maison. Celle dont tu connais chaque étape de montage, comme un jeu de construction participatif dont tu connais toutes les arcanes. Les maisons qui se trouvent de nouveaux habitants, là-bas, loin dans les montagnes. Maison que tu vois en pièces détachées, dont tu devines le futur bonheur.
Les maisons de tes amis.
Il y en a une que tu commences à connaître comme ta poche.
C’est une maison lumineuse, où tout le monde circule librement. Tout est à porté, rien n’est caché. Les portes des armoires peuvent toutes être ouvertes, si tu voulais tu saurais chaque secret. Mais tu ne le feras jamais, parce que le respect, et puis comme une confiance infinie. Tu y laisserais tes enfants. D’ailleurs, où sont-ils ? En train de piller la boîte aux crayons ? Dessiner sur un livre, le goûter au point de le mâcher ? Ou bien, sont-ils au jardin à taper dans la balle ?
Toi, tu es bien.
Tu sais où sont les verres et les couverts, tu finiras par ne pas oublier que la porte du lave-vaisselle dégringole comme une pierre plate qui oublie son parachute, tu sais trouver les serviettes de bain pour la douche des petits, à force, tu ne demanderas plus. Enfin, si peut-être, le mode d’emploi du garage où finalement tout est. Si tu ne trouves pas, c’est là-bas, c’est sûr, comme un grenier aux trésors enfouis. Parce que l’essentiel est au bout de ta main, devant toi.
C’est comme un ballet.
Tu entres dans le salon par la baie vitrée, tu prends les assiettes dans le placard, tu croises l’ami qui en sort avec les verres, tu passes dans la cuisine où un autre ami épluche, tu ressors par la porte de ladite cuisine et tu te retrouves face au barbecue fumant, tenu par ton homme, enfin tu poses tes plats sur la table des enfants, sous le parasol. Il fait beau.


La porte de la salle de jeu ouverte sur la terrasse laisse passer le son du dessin animé alors que tu verses le Pineau-des-Charentes, fraîchement revenu des vacances dont tu viens de voir quelques photos sur l’appareil qui était tien, avant.  Tu es contente, parce que les photos sont belles, tout fonctionne.
Soudain, tu réalises que tous les acteurs de la danse dans la maison aux mille portes, où tout est ouvert à l’amitié, tous tes amis et les tiens sont là, à porté de main, de voix, de regards.
Il y a le soleil qui chauffe ton dos.
Même s’il grêlait, tu n’aurais pas froid. 
C'est l'instant.



25.5.11

Un soir...

Le soir, souvent, on essaye de regarder un film. On en a plein des films. Des déjà vus, des pas encore vus, des anonymes enregistrés sur une soirée trop tardive, ou bien parce qu’on a égaré le crayon, et ceux qu’on rapporte d’ailleurs. On aime.
On espère que les enfants dorment.
On espère que la pluie ne crépitera pas trop fort sur les fenêtres.
On espère que le film sera bien. On s’interroge.
Puis y a des soirs où on choisi la facilité. Une série de ci de là.  Avec la coupure pub idoine pour que j’aille façonner le pain et une deuxième pour que j’aille enfourner.
Un vrai film, c’est dur d’interrompre, de mettre sur pause, le temps d’avoir les mains pleines de farine.
Alors parfois, on sait que le matin, ce sera crêpes.
On s’assoit. On regarde un film anonyme, et on voit le titre s’afficher. On se demande. Et puis on reconnaît le nom de tel ou tel acteur. On se dit chouette. J’aime bien Tommy Lee Jones par exemple. J’ai confiance. Clint Eastwood aussi, bien sûr. Des films où l’humain mène la trame.
Ce soir, on fait exception.
D’abord, il n’y a pas de pain à faire, et puis on n’est pas tombés tout de suite sur un film qui nous parlait.
Dans le ciel, les nuages s’amoncellent, pleuvra t-il demain ? Ce ne serait pas un mal, il fait si sec. Ils le disent bien à la météo, que ce soit à la télé ou à la radio. Cette météo si mal fagotée que ça devient un sujet de plaisanterie entre nous. A la radio, on ne sait pas comment est habillée la voix. On devine les images, on réapprend sa géographie. On se situe à l’ouest, ce bout de monde à part, si souvent caché par une paire de seins.
Avant, j’écoutais parfois la météo marine. Du temps de Marie Pierre Planchon. Qui n’est plus à la météo je crois. J’aimais ça, comme une chanson. Je ne comprenais pas tout. Fox time et dogger, je ne sais toujours pas ce que ça veut dire, mes leçons sont restées au fronts chauds et froids, je comprends le vent de terre et les beauforts, mais les nœuds m’emmêlent.
Ce soir, donc, pas de film.
Il se trouve que je suis accrochée à un livre depuis hier soir, il ne me lâche plus, je l’ai même pris à la plage, écoutant le son des vagues et des mouettes, la voix de celui que j’aime et des enfants d’un air distrait, entre deux pages où des grains de sable coulaient parfois. C’est que les petits pieds enfantins balaient vite et loin.
C’était l’autre jour dans la librairie folle, celle qui pousse aux folies plutôt, au fait les canapés n’y sont plus bleus mais jaunes et je n’ai pas vu de table Le Corbusier, l’autre jour quand je me suis ruinée à acheter 5 livres.
Oui, j’ai choisi presque au hasard, la couverture, le titre, ou le bref résumé. Aucun ouï-dire ne m’a guidée.  J’ai fait au hasard, comme j’aimerais faire à chaque fois, avec le luxe de ne pas regarder le prix, juste me contenter de l’apparence et de quelques mots.
Là, je lis « si vous recevez cette lettre » de Sarah Blake. Paraît que c’est un best-seller.
Je l’ai commencé hier soir, j’en suis à la page 236 et ce soir je ne regarderai pas de film.
Non, le film est dans les mots que je lis. C’est en 1940. Entre Londres et l’Amérique. Et tous les pays traversés des hordes de « réfugiés » qui ne sont à l’abri de rien, à la merci de la peur et de la mort qui les attends, mais ils ne savent pas encore. C’est une journaliste de radio en quête de vérité, une receveuse des postes amoureuse et consciencieuse et la femme d’un médecin. 
La journaliste me plaît beaucoup. La postière aussi.  Je plains la femme du médecin. Je ne la connais pas encore, je ne sais rien de son passé, ni de celui des autres, mais elles sont tellement ancrées dans la réalité.
Ce soir, je voyage avec Frankie Bard, qui enregistre sur son magnétophone de 15 kg qu'elle trimballe d'un train à l'autre, des voix humaines qu’elle croise dans le train en Europe, le train qu’elle prend pendant ses deux semaines de visa, elle n’a pas de destination autre que celle de faire parler les gens sur le temps de 90 mn dont elle dispose sur ses bandes, des voix dont elle voit la mort en direct, ou dont elle ose à peine se demander le destin. Elle n’a plus que quatre jours de visa à l’heure où j’en suis. La page plutôt.
Lire est aussi important que d’écrire n’est-ce pas ?


10.5.11

Commémorer.

Voilà un mot que je ne dis pas souvent. Je ne sais plus le nombre de M en l'écrivant. Autant de aime.
J'avais 9 ans et je ne me souviens de rien. Où étions-nous, que faisions-nous? J'étais Nous avant d'être Je, il ne peux pas en être autrement.
Je regarde les documentaires qui passent, je me souviens de sa voix, les leçons d'histoire.
C'est facile d'imaginer 23 ans de droite au pouvoir, tant les dernières années nous durent comme une plaie nous mange. On a des tiques qui nous dévorent, elles s'accrochent, c'est difficile de ne pas les voir, j'ai peur de la maladie qu'elles transmettent. J'attends l'antidote avec impatience, incrédulité, parce que le pouvoir est ce qu'il est, il corrompt. Vont-ils réussir à s'unir, s'assagir, se battre enfin et nous sortir de là où nous nous sommes mis, oui, nous-même depuis que nous avons le droit de vote, les bêtises sont les nôtres avant tout.
Evidemment nous n'avons pas voté tous le même bord. Pas assez à babord.
Ces documentaires, on a envie que ce soit hier, juste hier, et pas le siècle dernier. Ce ne sera pas demain, parce que rien n'est jamais pareil, la donne a changé, mais saurons-nous mieux faire? Ou au moins aussi bien?
Quand chacun aura cessé de faire le tour de son nombril, alors peut-être en l'espoir nous pourrons croire. D'autres en ont. Pourquoi pas nous?
Alors, oui, je voudrais me souvenir de ce jour-là. Ou bien du jour prochain où une gauche avec les valeurs qu'on lui donne, remette en place la République, que je (nous) cesse, enfin, d'avoir honte.

8.5.11

Faire vivre les pierres.

La descente est rapide, que tu la fasses à pieds, en voiture ou en rollers. Pour les sensations, en voiture c'est le premier jour des vacances qui est le plus efficace. Les retrouvailles. Pour l'excitation, c'est le roller, quel que soit le jour.
Tu descends et ton coeur bat. Très vite, très fort.
La courbe est franche, large. 
Tu aperçois la maison. Pour marquer notre arrivée, un ou deux coups de klaxon. Tu as l'impression que ça fait une éternité que tu n'es pas venue. Tu ouvres la portière, et dans l'encadrement de la porte verte, tu vois le sourire de Mamie et son confortable coeur. A chaque fois, tu cours vers elle. Et tu serres. 
La maison est dans une courbe de virage; il y a une cour, juste devant, avec un poteau blanc, luminescent à son sommet à la lumière des phares, la nuit tombée. Le crépi est vieux usé, un jour pourtant, il a été refait, gris. La maison reprenait des airs nouveaux. Et puis un bout de toiture, une fenêtre de toit. Dessous, tu sais qu'il y a une pièce avec un coin salle de bain. Et une armoire, où elle rangeait encore les affaires de Papi... Le caban bleu marine, que j'ai porté, mes années de Fac.
A l'autre bout de la maison, comme une dépendance dépendante, le côté où vivent parfois mon cousin et sa famille. Dans cette pièce, il y a une cheminée aussi, immense, dans laquelle rentre un banc de bois. On aime s'y assoir, nous les enfants. 
Le jardin est derrière la maison. Plein d'herbes folles. Ça fait bien trop longtemps que Mamie vit seule pour s'occuper de l'entretien de son jardin. C'est là que les toilettes se trouvaient avant mes dix ans. Une cabane, au fond. C'est avant la réfection du crépi et de la toiture. Et du sol. Parce que je n'aimais pas la terre battue. J'imaginais que pouvaient en surgir des serpents, ma phobie. Ils seraient venus de la terre et auraient grimpé le long du pied de la table où nous mangions. 
Dans la cour, une fois par semaine, ou deux peut-être, la camionnette de l'épicier. Des grappes de raisins blonds et des tablettes de chocolat au lait. Elle ne disait jamais non, Mamie, son seul bonheur étant de faire le nôtre. 
Cette maison, était une ancienne auberge. Elle avait gardé les anneaux, où j'imaginais qu'on attachait les chevaux. Elle était en pierres, cette pierre de schiste, plate, large, grise avec des tons jaunes parfois. Ce n'st pas une pierre économique puisqu'on ne la pose pas debout pour faire les murs, non, mais bien à plat.  Des murs larges, épais. 
Un jour, Mamie n'était plus. 
Je la voyais dans mes rêves, même le jour, à dix mille kilomètres de là, qui passait devant mes fenêtres. Sa coiffure si particulière. Son sourire et nos disputes bruyantes qui nous réconciliaient facilement. 
Un jour, sa maison n'était plus.
Les bulldozers sont passés, il fallait diminuer la courbe du virage, le rendre moins dangereux avec un nouveau tracé de route.
Ça ne s'est même pas fait. L'endroit subsiste, nu, recouvert par la végétation à l'abandon, sans plus aucun entretien. 
Son fils, mon père, a récupéré les pierres de la maison.
Ce sont des pierres dont on dit qu'un jour... 
Depuis 1986, un an avant notre retour, les pierres sont dans le jardin de notre minuscule maison de vacances, dans le centre Finistère. Contre un petit mur en parpaing, puis dans un coin du champ. Depuis ce temps, elles sont englouties sous la terre, l'herbe, les bonnes et les mauvaises, on ne les voit presque plus. On les oublie. Presque.
Etaient.
Les pierres étaient.
Comme une idée qui trotte, on n'y croyait plus.
Mais un jour, il y a eu des plans. Des fondations ont été posées. 
Ailleurs, à quelques centaines de mètres à vol d'oiseau, de l'endroit où vivait Mamie, une maison se construit. Celle de mes parents. 
Comme une idée fixe, utiliser les pierres. 
Les pierres sont. 
N'est-ce pas un peu de la maison de Mamie que je vois là?



4.5.11

Un métier.


On roulait. On roule beaucoup en vacances. Soudain, elle a dit : « je voudrais faire un métier… »
Oui, pensais-je, pleine d’espoir, saurait-elle déjà, du haut de ses neuf ans le métier qu’elle veut faire ? sera t-elle libraire, que je lui choisisse ses livres et les lise avant les autres ? sera t-elle reporter, qu’elle voyage au bout du monde et que sa connaissance des gens soit si infinie qu’elle ne puisse que les comprendre ?
Je me disais, à son âge, je voulais être avocate, journaliste-reporter, c’est surtout le reporter qui comptait, et puis j’ai laissé tomber le « avocate » pour ne garder que le « journaliste-reporter » et puis je n’étais pas assez bonne à l’école, trop flemme, trop sûre de mes capacités aussi sans rien faire pour les développer, et puis pas assez confiante en mes capacités en même temps, il m’a toujours manqué le culot, ou il m’aurait fallu le coup de pied aux fesses, que quelqu’un sache me persuader que j’étais faite pour ça et me donne la recette pour y parvenir….
« Je voudrais faire un métier où… »
Non, pensais-je, serais-je comme tous ces parents à vouloir que leur enfant fasse ce que lui n’est pas parvenu à faire ? reporter sur lui, ses rêves, ses désirs, ses frustrations ? Ne me suis-je pas toujours interdit de penser cela ?
Pourvu qu’elle choisisse un métier qui la rende heureuse, où elle s’épanouisse, où elle puisse avoir au moins un fou rire par jour…
« Je voudrais faire un métier où je gagnerais plein d’argent pour pouvoir t’offrir la maison de tes rêves ».
Nous roulions. Sans doute avait-on passé Quimper déjà. Sa sœur et son frère étaient endormis autour d’elle. La radio ne captait rien, puisque quelques jours avant, j’avais passé la voiture sous les rouleaux, et cette fois, celui du dessus avait réussi à emporter l’antenne et à la casser.
Le silence n’a pourtant pas duré longtemps. Entre le rire incrédule, le serrement de cœur, et la raison, j’ai bafouillé.
Il paraît qu’aujourd’hui tous les enfants veulent gagner plein d’argent. Que c’est ça qui compte le plus. Pas le métier en lui-même, pas le bonheur en famille, pas la réalisation de quelque chose qui leur semblerait important. Non. L’argent. L’exemple de cet argent facilement gagné, des millions en courant après un ballon.
J’ai bafouillé. C’est vrai, les enfants ont toujours, souvent, des questions qui peuvent être anodines, et dont on sent pourtant qu’elles engagent un morceau de leurs valeurs. Ou de celles qu’on voudrait leur transmettre.
Je lui ai dit qu’elle était bien gentille de vouloir me faire un cadeau. Et puis que j’avais déjà la maison de mes rêves, celle où toute ma famille est réunie, avec un jardin et à 5 mn de la mer.
« Oui, mais la maison dans le catalogue ? »
(Une fabuleuse maison, au milieu d’une pièce d’eau, avec des passerelles, des petits ponts pour en sortir et rejoindre un jardin non moins magnifique. Une maison avec du verre partout, des toits terrasse, une maison qui flotte, légère comme une bulle dans un paradis vert.)
Aaah, ma chérie, il faut toujours avoir des rêves, ils permettent d’avancer, d’avoir envie, de se pousser soi-même pour aller plus loin.
Je lui ai dit que le plus important était qu’elle trouve un métier qui lui plaise. Aller travailler 8 heures par jour pour faire quelque chose qu’on n’aime pas, n’est pas le secret du bonheur. Et puis que ceux qui avaient construit cette maison ne devaient même pas en profiter, tant elle avait dû coûter cher, tant ils avaient dû travailler tant et tant qu’ils ne devaient jamais y être. Autant ne pas se faire de mal ni d’illusions, pas vrai ?
Il arrive parois qu’on roule pour partir en vacances quelques jours. Il arrive aussi que les enfants nous fassent réfléchir sur nous-même et sur ce qui compte le plus. L’important. L’essentiel.
Ces enfants qui nous font grandir. 

25.4.11

I did it!

Elle a dit, on se retrouve chez K. vendredi soir, à 19H, c'est la maison en bois derrière la poste. Tiens, une maison en bois? moi aussi!
J'y étais vers 19H15, l'horaire était flottant, d'ailleurs K. n'était pas encore là, mais G. est arrivée en même temps que moi, ouf, c'était la bonne maison. Quand tout le monde a fini d'arriver, on était 6.
Le temps qu'on s'y mette, on avait goûté le vin de noix apporté par F. qui le fait elle-même.
Il faisait beau, chaud, le jardin était accueillant avec sa table, ses bougies, le hamac...
Le petit poste posé sur un rebord de fenêtre a donné de la voix...nous nous sommes échauffées, un peu, entre les rires et le vin de noix, avait-on besoin d'avoir encore plus chaud?
Pendant plus d'une heure nous avons dansé dans le jardin. Pieds nus dans l'herbe, de temps en temps un caillou, une pomme de pin, le plus souvent la fraîcheur.
Danser dehors, la danse africaine en plus, qui est toujours en lien avec la nature, dans le jardin d'une maison en bois, ça avait quelque chose d'évident et d'exceptionnel à la fois. Nous étions bien.
J'étais ravie, moi, qui n'appartient pas à ce groupe de danseuses confirmées, d'avoir été si bien intégrée. Elles m'ont fait de la place, sans m'exclure, avec un naturel déconcertant, j'en suis toujours émue.
Le soleil a lancé ses derniers rayons au moment des étirements, et nous nous sommes reposées autour de la table, encore une fois. Je n'ai pas vu qui a allumé les bougies, je tentais de suivre les conversations, et puis il y avait cette chouette qui hululait, sauf que ça ne faisait pas d'autre bruit que celui d'une courroie d'alternateur ayant besoin d'être changée.
L'homme de la maison (le pauvre) a offert le vin de pêches de ses parents. Oui oui oui...c'était une soirée sympathique, je te dis. M'enfin, au final, un verre de chaque seulement, je conduisais moi.
Le lendemain on devait se retrouver à 14h à Auray. Pour se mêler à la foule du carnaval. Je n'avais même pas peur, les autres non plus je crois, parce que l'ambiance. Elle était si bonne, on savait qu'on était là pour s'amuser, sans se prendre au sérieux, et c'est ce qui s'est passé. On s'est un peu grimées, on a revêtu les pagnes et les foulards, j'avais décidé de rester pieds nus parce que je n'avais jamais dansé avec quelque chose aux pieds, même si à la maison on m'a dit que j'étais déraisonnable, le goudron etc...
On savait qu'il ferait chaud. En fait on a eu très chaud, quasiment tout de suite la bouche en carton.
Je crois que je n'avais pas peur parce que je ne connaissais personne. Et puis, ultra concentrée pour suivre notre belle prof, légère et gracieuse, qui nous mettait des pas que je n'avais jamais appris.
La difficulté a été d'adapter nos chorégraphies au trajet, avancer alors que c'est un pas qui recule, avancer encore quand c'est un pas qu'on fait en fixe. Les percussions nous suivaient, des élèves aussi...Trois fois on s'est mises en demi-cercle pour faire nos sauts, nos pas, nos chorégraphies répétées la veille dans ce jardin aimable.
Sauf que là, on buvait des litres d'eau.
A la fin, une pluie d'orage nous est tombée dessus, parfaite.
Nous avions dansé deux heures dans les rues, on était en bien grande forme, ravies, contentes.
Fallait que je rentre, des Zôtes arrivaient, mais comme j'ai passé un bon samedi!



21.4.11

Quelques pas...


Impossible de trouver cinq minutes, entre un rayon de soleil et un autre. Et puis c'est bientôt les vacances. On se sent déjà en vacances, avec ce bleu là.
Je voulais raconter la suite de la chasse de l'oiseau, rappelle-toi, quand j'ai tué l'oiseau une première fois. J'avais dû rater mon coup, parce que je n'avais pas encore fêté ça.
Depuis j'ai pris de l'assurance. Malgré les lundis de vacances et les lundis de pneumonie. J'ai appris à faire des bonds, encore plus haut, même si lever ce qui me sert de coussin d'assise, n'est pas toujours chose facile, et même si je n'ose pas regarder dans les miroirs de la salle quelle allure j'ai.
Juste assez pour voir que je suis rouge et trempée. Juste assez pour voir qu'avec les autres filles, on ressemble à un groupe, qui s'amuse de plus en plus. D'ailleurs, les moins motivées ne viennent plus. C'est vrai qu'une heure en moins c'est un acquis de moins et à force, il y a des tas de pas qu'on ne sait pas et on ne peut plus aussi bien rattraper les autres.
Ainsi, je tuais l'oiseau. Un grand, assurément, puisque mes bras battaient l'air et mes jambes sur les pointes, s'avançaient au milieu du cercle, un étang nourrissant.
Et puis, je disais merci. Et puis, les pas qui commencent à se faire joyeux, après que tu as attaché à ta taille, la dépouille de l'échassier. Et tu sais comme la joie est grande de rapporter de quoi manger. Alors, un bond à droite et deux petits pas, un bond à gauche et deux petits pas, et encore, et encore, pendant que tes bras, tes mains, tapent le djembé.
La joie est encore plus épuisante que la chasse crois-moi. On dirait un sprint, une course rapide, où chacun de tes membres bouge, vole, saute, en rythme des percussions déchaînées.


Ensuite, notre prof nous a parlé du carnaval d'Auray. Et demandait qui voulait y participer. Carnaval, déguisement, donc cachée, j'ai dit, oui! Malgré les zotes qui arrivent. Malgré la trouille. On était quatre à s'inscrire.
Alors, on était invitées à répéter au cours d'après, celui des "grandes, celles qui ont plus d'heures dans les jambes que nous, jusqu'à dix ans.
Finalement, les autres de mon groupe ce sont désistées, empêchées par la vie qui court.
Je me suis retrouvée seule lundi dernier,  deux heures et demie de danse africaine. Je suis passée de la bouteille d'eau de 30cl à celle de 50 et j'aurais bien eu besoin d'1l !
Je recommence vendredi soir.
Parce que c'est samedi. Après demain.
J'ai un joli pagne et un foulard. Mais ça, tu ne verras pas...parce que je ne prendrai pas de photo!
Avec les grandes, j'ai appris une nouvelle chorégraphie, sans histoire, juste pour le geste. Des bonds (paniers de basket), des "donne, prend", des petits sauts genre gavotte, et les bras qui s'ouvrent, amples. J'aime bien cette deuxième  choré là, car elle plus rapide et plus envolée. M'enfin, je la rate encore. Quand ça se produit, louper un temps, faut attendre deux ou trois temps pour reprendre le pas dans le bon sens. Pas simple.


En attendant samedi, nous nous baladons, nous faisons des photos, et je dois écrire aussi sur la façon qu'ont les pierres de fleurir.
Demain peut-être?

5.4.11

"J'ai dix ans..."


Un jour, j'ai eu 10 ans. C'était en 1982.
Je n'ai jamais oublié.
Pas pour les tartes à la récré, je ne me souviens pas des récrés de mes 10 ans. Non.
C'était les vacances. C'était le printemps. On avait déjà fouillé dans le jardin pour les oeufs de Pâques. C'était d'ailleurs un beau jardin, de belles vacances. J'étais amoureuse d'un blond plus vieux que moi d'au moins trois ans, et je me faisais des films. Les vacances que je passais avec lui, sa soeur et leurs parents. De belles vacances, desquelles je me souviens par images instantanées, des moments fugaces, des sourires et des émotions.
Un jour, nous avons fini le trajet de la Somme vers la Bretagne, en descendant cette route que je connais par coeur, depuis je l'ai même descendue en rollers (avec un autre amoureux...), et nous nous sommes garés dans la cour de la maison-qui-n'existe-plus-mais-qui-ressuscite-en-ce-moment-même.
Je crois que la voiture était noire.
Je crois que la façade de la maison était grise, un crépi qui laissait parfois entrevoir la pierre. Restait-il encore le rosier grimpant? Je suis descendue de la voiture. De l'arrière. Sans détacher la ceinture puisqu'à l'époque ce n'était pas obligatoire, ni même seulement suggéré.
J'ai vu Mamie. Ma grand-mère. C'était des vacances où on passait du temps chez les grand-mères.
Son chignon était aussi noir et bien fait que de coutume. Ce rouleau qui lui faisait le tour de la tête, avec ce bon mètre de cheveux qu'elle n'a jamais eu blancs.
Je devais être presque à sa taille du haut de mes dix ans. Mamie n'était pas grande. Elle sentait l'eau de Cologne. Je le sais, parce qu'elle me serrait dans ses bras à chaque retrouvailles. Tout à coup je réalise que je ne me souviens plus du son de sa voix. Il me semble qu'elle était toujours un peu essoufflée. Ce qui ne l'empêchais pas d'avoir du coffre lors de nos disputes...
Je devrais pourtant me rappeler l'intonation de ce qu'elle m'a dit ce jour-là. Parce que je n'ai pas oublié le bond que mon coeur a fait et la joie que j'ai ressentie.
Est-ce que les enfants ressentent toujours cette joie-là, à l'annonce de cette nouvelle? Est-ce une émotion universelle?
Mon coeur a fait un bond quand Mamie a prononcé, avant même de me dire bonjour et de m'embrasser,
"Tu as une petite soeur".
Je n'ai jamais oublié ce moment. De ma part c'est rare, de me souvenir à ce point.
Ma petite soeur, cadeau de mes dix ans.
Elle est vieille comme moi maintenant. Elle a 29 ans aujourd'hui. Bientôt 30. Elle est maman aussi. Elle a bien changé depuis les heures où je lui appliquais une pièce de cinq francs sur son nombril. Depuis le temps où elle se vautrait sous l'oeil bienveillant de Letchis, dans les quelques 5 ou 6 chiots de bergers allemands. Elle a même survécu à l'administration d'un sirop qu'elle avait bu pour jouer alors qu'elle était sous ma surveillance...
Tiens, regarde, une photo. Tu sais ce qui est marqué au dos de la première? "photo pour rassurer Mamie"...ben oui, Mamie, elle avait peur pour nous, dans ce pays si loin...
Pays du bonheur, pourtant.

Aujourd'hui, je vais faire l'escargot...il filait vite ce matin, sur la feuille verte...


BON ANNIVERSAIRE SOEURETTE (et Roréa...et les filles d'avril)