7.12.11

Instants de grâce


Il faut savoir une chose : je suis très optimiste comme fille. Genre ne voir que le plein, que le beau, et oublier vite le désagréable. 
Il faut savoir une deuxième chose : selon la loi de la première chose, donc, j'oublie. Le négatif. Ce qui fait qu'en fait, je suis extrêmement gaffeuse. J'ai la langue qui peut se délier plus vite que la réflexion sensée la précéder.
Quand je dis une bêtise, le temps qui suit, je me raisonne. Mais ça ne dure pas bien longtemps, ma nature attaque au galop.
On m'invite encore pourtant.
C'est peut-être que mes amis ont le sens de l'humour.
Ce sont sans doute mes parents qui ont subis le plus de mon sarcasme ou de mes méchancetés volontaires, même les involontaires. 
Bêtises adolescentes.
Comme le jour où mon père est rentré de l'hôpital (chose qu'il faisait tous les jours parce qu'il y travaillait) mais en se tenant les côtes. Pas de rire. Il venait d'avoir un accident, n'avait pas voulu prendre d'arrêt de travail, et marchait péniblement avec ses côtes cassées, comme si ses mains pouvaient les empêcher de tomber.
Tu veux savoir ma réaction? 
C'est peut-être parce qu'il m'avait charriée comme tous les matins au petit déjeuner, c'est peut-être que je refusais de voir que mon père pouvait être faillible, pouvait être atteint par une douleur, pouvait perdre la vie. C'est sans doute une réaction de parade, de sauvegarde. 
J'ai ri. 
Y avait ma mère qui courait vers lui pour l'aider, inquiète, et moi, je riais en haut de l'escalier devant sa démarche maladroite. 
Je ne suis toujours pas très fière de ça.

Comme la fois où, quelques années plus tard, je gardais des enfants tous les soirs, j'allais les chercher à l'école, et je les emmenais chez eux en attendant que leurs parents rentrent vers 19h00. C'était mon petit boulot à la fac. Un soir, la maman est rentrée. C'était après les vacances, ça devait faire quelques semaines que je ne l'avais pas vue. Je lui fais la bise, et soudain je vois son ventre et je m'exclame joyeusement : Oh! c'est pour quand?
La dame avait juste pris du poids. N'avait pas du tout de polichinelle à venir. 
J'ai rougi, je crois bien.

Il y a sans doute des gaffes que j'ai oubliées. D'autres que je n'ai pas réalisées. 
La dernière pique date de ce week-end. Amie qui me lit, je suis désolée, mais en même temps, je ris parce que ce n'était pas faux!
Nous sommes invités chez des amis que j'aime bien. Les amis ont invité des amis, on se présente. On dit ce qu'on fait quoi. Ou ce qu'on ne fait pas. Quand on me demande ce que je fais devant une assemblée de travailleurs réguliers je ne sais pas quoi dire. Je fais. Bli. Bref, on se présente, et un des amis dit : la semaine prochaine je vais en Chine pour travailler avec eux (que son entreprise travaille avec eux). Ni une  ni deux, Latif elle enchaîne : ah! c'est toi qui délocalise nos emplois en Chine....
Hem. Tu vois? Bref.

Et puis y a les maladresses.
Le coup de la bouteille de lait l'autre matin. C'est l'heure du petit déj. Je me suis habillée à la va-vite, ai aidé les enfants à trouver la deuxième chaussette, ai tartiné 9 tartines au moins, sorti les pommes et les clémentines, et la grande me réclame du lait. J'hésite comme à chaque fois parce que moi le lait, bof. Mais leur père le lait oh ouiiii. Bref. Je vais ouvrir une bouteille. 
C'est le genre de bouteille blanche avec un bouchon bleu et une capsule métallique collée au goulot. C'est du bio, comme si ça pouvait me consoler. Je dévisse le bouchon, ok.
Je suis debout face à la table, habillée de propre, ce détail a son importance, et je saisis entre le pouce et l'index le bout d'alu qui dépasse, qui est fait pour être saisi. Et je tire vers le haut avec la volonté de soulever l'opercule proprement. 
Et puis je ne sais pas pourquoi, peut-être que la matière n'était pas en accord avec moi, peut-être que j'étais un peu pressée et que j'y suis allée trop fort, c'est sans doute une question de savant dosage d'ouvrir une bouteille de lait.
Le bout m'est resté entre les doigts pendant que la bouteille se penchait vers moi, déversant tout son contenu blanc sur mon pantalon vert (ben oui, j'ai un sarouel vert que j'affectionne et qui était propre en plus, même s'il n'était pas repassé). 
Le lait blanc sur le vert, blanc sur le carrelage gris, blanc sur les chaises rouges, blanc blanc blanc alors que vraiment j'avais pas le temps. 
Les enfants m'ont fixée, inquiets, colère, pas colère? 
J'ai dit : c'est pour que les chatons viennent vers moi. (on a deux chatons adorables mais sauvages qu'on doit adopter pour pouvoir donner). 
Wow hein. 

Et hier soir, alors que ma soeur me racontait ses mésaventures à elle, m'est revenu le plus grand moment de solitude vécu en public. 
Un jour je vais faire les courses. Banal. On a une voiture dont le hayon s'ouvre intégralement, permettant de mettre dans le coffres les objets sans avoir à porter, juste faire glisser. Un vélo, une poussette, sans même les plier. 
Le magasin est un peu en hauteur, et comme souvent il précède un rond-point. Je fais les courses, remplis mon coffre, les grosses courses de la semaines, au moins quatre sacs pleins, et lourd.
Y avait des spaghetti, je m'en souviens et des crêpes aussi. 
Je descends la pente qui mène au rond-point, je passe la vitesse, et j'entame la rotation. 
Soudain, l'intérieur de l'habitacle s'éclaircit. Je vois dans mon rétroviseur que j'ai une bien meilleur vue que prévu sur l'arrière. Je vois une voiture entièrement, y compris son pare-choc. Et je réalise que la porte de mon coffre s'est ouverte, que la voiture qui me suit roule sur mes spaghettis, que tout mon coffre se vide sur la chaussée. 
Je ne peux pas piler net, on me rentrerait dedans en plus, je termine mon tour et me gare à cheval sur le trottoir. 
J'ai fait des sauts de puce au milieu du rond point pour récupérer mes crêpes, j'ai laissé tomber les spaghettis cassés, j'ai retrouvé le jus de fruit, les boites pas écrasées.
Et de constater qu'une seule personne s'est arrêtée pour m'aider. Une piétonne. Les autres véhicules n'ont jamais cessé de rouler, ni tenté d'éviter. 
J'avais le coeur qui battait. Je me disais que ce serait une bonne blague à raconter.
Et depuis, ça fait des années, je vérifie toujours deux fois la fermeture du coffre!

Je sais aussi que ma plus grande qualité d'être à moitié sourde, qui fait que je ne peux pas suivre une conversation quand on est plus de quatre à table, qui induit que j'entends des bouts de phrase et que ma langue pas du tout à moitié bavarde, envoie parfois des réponses à côté de la plaque parce que j'ai raté le début de la phrase. Me fait rire toute seule. On se console comme on peut !

Et vous? vos plus grands bonheurs? 


6 commentaires:

  1. à l'instant.. de t'avoir lu et d'avoir presque la larme à l'oeil tellement c'était rigolo. (pour moi lecteur, mais sans doute pas à vivre..)
    merci Latif' :))

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  2. Ah mais ce serait trop long à raconter mais tu n'as rien à m'envier Tifenn, j'ai nombre de boulettes qui hanteront mon esprit jusqu'à la fin des temps...:)

    Joli texte à récits multiples, besos ♥

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  3. Le temps d'un instant, j'ai eu une typo noire et claire à lire ici. Puis pouf, retour à l'ancienne grise claire et fatigante à lire...

    Pense à mes yeux de pirate Tifenn, suis borgne en plus ! :))

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  4. From le sud, de nada :-)
    Jack, ah ben mince, et s'il fallait que tu règles ton écran hein? moi c'est gris foncé que j'ai. Bon, je vais voir l'effort que je peux fournir :-)

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  5. From le Sud a raison, un bonheur c'est déjà de rentrer le soir et lire un de venir lire ton blog ! :-)
    Et sinon, focaliser sur l'aspect positif des situations... profiter du moment présent !
    et de mes boulettes :-D (ben oui, ça en fait des gaffes sympatiques !)

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  6. l'amie qui te lit12 décembre 2011 à 20:06

    l'amie qui te lit te dit que vous avez oublié le sac de déguisement. cela te donnera l'occasion de repasser nous reparler des petits chinois! je n'avais pas tilté. J'ai une oreille sélective aussi!
    bises

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