2.3.09

Horizon

Allez donc voir là si j'y suis!

Et puis voilà, je l'édite ici aussi!

"Quand je me suis réveillé ce matin, elle n'était plus là.
Je ne sentais même plus la chaleur de son corps sur le drap froissé et la chambre était dans le noir, elle n'avait pas non plus ouvert les volets.
Hier soir, nous nous sommes disputés. Elle n'ouvrait pas la bouche, je ne pouvais pas lui faire dire ce qui causait son mutisme, son regard était noir comme son humeur.
Je me suis couché, j'ai posé ma main sur sa hanche dressée comme un rempart et je me suis endormi.

Mon sac est prêt. Il s'est endormi, sans même me parler. Il me tourne le dos, ignorant. Je n'arrive pas à lui faire comprendre que cette ville m'insupporte, assez de ces immeubles qui touchent le ciel gris, assez de ce bruit sourd et continu des voitures, assez de sursauter au passage d'un deux-roues sans silencieux, vanité de gamin, crispation de mes mâchoires. Je partirai dans quelques heures, le taxi m'attendra en bas de la troisième avenue, il ne se rendra compte de rien.
Depuis des semaines l'envie de fuir me ronge, cet avenir sans horizon me pèse, partout les yeux se posent sur un obstacle, il est facile à l'esprit de se confiner de la même façon. C'est ce qui nous est arrivé, comme à d'autres.

J'ai trouvé sa tasse de café dans l'évier. Elle s'est levée tôt, en général je le fais avant elle. Ses clés du bureau son restées là, son portable est sur messagerie, sa veste en cuir ?
Son absence à mon réveil est comme un mauvais présage, je tourne dans l'appartement comme le faisait notre chat avant qu'il ne tombe du 15ème étage et ne se brise la colonne. Elle ne s'est pas remise de cette perte je le sais. Nous ne voulons pas d'enfants. C'est ce contrat qui nous unit depuis des années, de toute façon c'est trop tard, je suis trop vieux. Il nous suffit de voir nos nombreux neveux et nièces pour ne rien regretter ; leurs hurlements dans les couloirs de la maison familiale, leurs caprices, les sacrifices consentis dès leur naissance, je ne veux pas les accepter, elle non plus.

Tout à coup je me rappelle cette fillette hier après midi, qui se jetait en riant sur la balançoire et un sentiment confus me frôle. J'ai 41 ans, et après ? Rien.
Se rapprocher de ses racines, retrouver la route de chez soi, c'est comme sentir le goût de la confiture de mirabelles, la brûlure du soleil sur son dos, les grains de sable entre les orteils en enfilant des espadrilles rouges, le baiser salé de son premier amour...
Je suis arrivée sur la plage de mon enfance. Le soleil est prêt de se coucher. Je suis seule, l'hiver dépeuple les arbres et le sable, c'est bien. Aucune brise ne soulève mes cheveux, aucun immeuble ne barre la vue d'un astre se plongeant dans l'onde claire. J'enlève mes lunettes de soleil, je veux me brûler les yeux, pour m'aveugler de cette lumière."

3 commentaires:

  1. Fille d'avril2 mars 2009 à 22:05

    Ton touchant texte me fait penser à un très beau livre que je viens de lire, "Laisse moi te dire" (http://www.amazon.fr/Laisse-moi-te-dire-Janine-Boissard/dp/2213625123): un peu la même idée dans le sens inverse...
    ciaooo bella !

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  2. Bravo !
    Et le style est inénarrable.
    L'idée à 2 voix, géniale.
    Bref, Marcus te donne une belle occasion de peaufiner ton style dans un registre (la photo ) imposé.
    Y a pas, tu es douée!

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