10.12.09

H-G.


Tu entends le bruit de la règle en bois sur la carte. Tu revois les oeillets argent qui la fixent au tableau noir. Il te montre les fleuves et les rivières, tu vois tout un réseau de veines qui se dessinent sur ta main.
Elle te parle du Piton des Neiges sorti des eaux et de la Fournaise sortie des Neiges, tu vois la Terre dans un grand bouillonnement d'eau, surgir des entrailles de la mer, avant de devenir un Paradis vert.
Elle te raconte les Sans-culotte, les têtes en haut des piques, elle te fait lire Danton, Robespierre et tu ne sais plus qui.
Il, Elle, Eux t'ont raconté des Histoires, tant et si bien que tu as fini par y croire.
Dans l'amphi, sur la table en bois, il te montre Ur, la Mésopotamie, le Tigre et l'Euphrate. Il te dit les origines, d'où tu viens, et tu le regardes, ton bic à la main, puisque que le calame n'est plus d'usage.
Il te fait sourire dans son costume bleu et sa chemise jaune, de la même couleur que les feuilles dans sa malette, celui qui écrit des lettres à chacun d'entre nous, pour te dire ce qui est bien et comment tu pourrais faire pour que ce soit encore mieux. Tu as lu Staline et Lénine, tu as compris pourquoi ils ont cru au communisme.
Il t'a montré l'écriture des rois, des Saint(e)s, ou les mains qui écrivaient pour eux, tu as déchiffré l'écriture ancienne, c'est comme s'ils te parlaient, à côté de toi.
Tu as aimé.
Au point d'avoir envie d'écouter sans même prendre de notes.
Au point d'avoir envie de prendre le même chemin, la "transmission", avant que la vie ne mette ce projet aux oubliettes.
Tu regrettes.
H-G.
Histoire-Géo.
Des initiales bientôt effacées.
C'était bien insuffisant, bien peu, l'Histoire des Hommes et de la France, la Géographie du monde. Tu n'as même pas appris la Chine, l'Inde, l'Amérique des Indiens. Quelques heures par semaine, quelques années de ta vie.
ILS veulent en faire une matière optionnelle.
BLANC. Trividic. CUBIERE. Sanquer.ROUDAUT. BOUTILLON.LEPROHON.CASSARD. Vos âmes errent dans la mienne. Paléo. Histoire. Moderne. Géographie. Ancienne. Médiévale. Révolution.Contemporaine. Guerre. Eux. Nous. Moi.Je. Historiens. Historiennes.
C'est une longue histoire. Incomplète.
Je me suis réveillée en sursaut ce matin. (5h40, ceux qui me connaissent...)
MERDE! Ils veulent nous faire disparaître!

8.12.09

Avant Noël


Noël.
Que ce mot là à la bouche, aux frontons des magasins, tatoué sur les vitrines, les sourires des commerçants.
Il y en eu beaucoup d'heureux, il y en aura d'autres, et certains furent très difficiles, prenant le pas sur d'autres, j'ai même oublié celui de l'an passé...il devait être normal.
Certaine va vivre son premier Noël. Ses yeux vont s'éclairer devant les lumières, elle sera à peine plus gâtée que d'habitude, c'est encore Noël tous les jours pour la demoiselle ;-).
Noël.
Pour ma grand mère, c'était le rappel des oranges comme unique cadeau. Mon autre grand mère aurait fait mille cadeaux si elle avait pu.
A chaque fois, je me souviens d'une fête, d'un sapin, de papier d'emballage...pas de Père Noël en robe rouge, quoique, peut-être un Tonton un jour?
Je me souviens surtout, surtout, de la recherche des cadeaux cachés en haut du placard des parents dans la maison, de chuchotements en tentant de deviner le contenu du paquet. Et même à quelques heures du jour J, alors que les rubans brillants attendaient, narguant les enfants que nous étions, sous le sapin, je me rappelle me lever la nuit, soupeser, secouer, m'interroger...
Et le vélo juste sous mes yeux mais emballé invisible, qu'il a fallu que l'on me montre. Un de mes meilleurs Noel je crois.
Les enfants.
Trois Noëls, avec l'impossibilité de voir le bout de mes pieds, mais la facilité de poser ma tasse de café sur mon ventre énorme.
Puis, la mise en place du rituel, les chaussons sous le sapin, attendre que tout le monde dorme et retirer les cadeaux du dessous du lit d'une bien meilleure cachette.
Les parents qui s'amusent encore plus que les enfants, les phrases "j'espère que ça va lui plaire" ou "comment j'emballe ça ?" (riez pauvres innocents, mais un diplodocus c'est quelque chose à emballer)...
Cette année, ils sont trois, complices, conscients des sapins déjà dans les classes, dans les rues, des guirlandes et autres lumières. Cibles marketing aussi des publicités inévitables sauf à éteindre totalement le téléviseur et fermer la bouche de leurs camarades!
Ils trouvent les décorations, les placent avec plus ou moins de bonheur dans le salon, qui, autour du pied de lampe, qui sur la passerelle, qui va casser déjà deux ou trois boules...
Ils disent. Ils parlent. Ils souhaitent. Ils veulent. Ils font. Ils ont grandi.
Nous?
Nous cette année, on les regarde. On élude "il existe le Père Noël? je ne sais pas, moi, je ne l'ai jamais vu, mais toi, tu y crois?", on rit, on dit "non, tu n'auras pas de monstre aussi monstre que ça!" et on sait bien...
Moi?
Moi qui ne croit plus en rien?
J'ai mis mes mains dans la farine, avec mon amie Nopilouma, j'ai appris des recettes secrètes, des recettes cadeaux, qui sont parfaites parce qu'on doit travailler, chercher un peu quand même, et la solution pour que la pâte ne se brise pas, et la bonne chaleur du four, le nez à la vitre pour surveiller la couleur...
Travailler la pâte pour des petits gâteaux qui sont autant de pensées pour les gens qu'on aime, tiens, ça y est j'ai trois boîtes en fer format thé, pour trois envois séparés, dans le monde, loin...les gens qu'on aime mais qu'on ne voit pas, les gens qui sont tellement sympa qu'avec le peu qu'on a...
Je voudrait bien avoir assez de temps pour que chacune des personnes que j'aime, croque dans ces parfums citronnés ou à l'amande ou la cannelle...
Parce que, hier, un peu fâchée, un peu "contrariée" d'avoir dû modifier mes projets, hier, dans la cuisine en désordre, la maison pas rangée, le coeur en bataille...
J'ai croqué une Zimtsterne, et j'ai fermé les yeux.

Tiens, Noël c'est un peu le goût du bonheur...aussi.

3.12.09

La Flamme



Au départ, c'est si petit qu'on ose à peine y croire. Les yeux se fixent, l'esprit se fige, la respiration se fait silencieuse, la bouche ouverte pour avaler l'air sans arrondir son ventre.
Le moindre souffle, la moindre brise, peut à la fois aviver et faire mourir ce petit espoir qui naît.
Sur le fil, elle vacille. Se demande de quel côté de l'oubli elle va glisser, ou bien si elle va se redresser sur ses talons d'argile.


Elle prend un pli, un souffle, elle grandit, comme si en haut c'était plus bleu. Une vue de l'esprit sans doute, mais l'espoir fait vivre quand le reste s'évanouit. Elle se multiplie, devient deux puis trois puis...des petits sauts de soi même, qui suivent le même mouvement, avec parfois un coup de travers, un élancement soudain qui surprend l'oeil, je recule, après tout jouer avec le feu, c'est parfois dangereux.



Et puis, l'assise est solide, elle se fait plus large, plus confortable. Quand je tends l'oreille je l'entends chuchoter des sifflements, l'air qui file entre les fibres, les crépitements, le trait qui se rompt, la confiance est de mise, la flamme remplit son rôle et le poêle; elle réchauffe les doigts gourds et enveloppe l'esprit fatigué.
De rien, elle devient force et chaleur.
Avant qu'elle ne s'éteigne, avant qu'elle ne retourne au néant, elle aura fait son oeuvre au temps.