...créa la terre.
La bonne blague!
Dieu avait la mainmise sur l'invention d'une nouvelle espèce endémique, l'humain. Mais tout là-haut, là-haut, ils n'étaient pas vraiment d'accord. Mars s'entêtait à placer des bâtons devant les roues divines, Vénus avait mis la pomme en grain de sel, et Jupiter, ah! Jupiter! (Jusqu'ici le bras droit de Dieu, ayant toute sa confiance et sans doute la plus grande partie de son pouvoir) Jupiter, disions-nous, se fâcha tout rouge le jour où les dinosaures furent exterminés par une colère capricieuse de Dieu, un jour que Vénus lui refusait de condescendre à ses avances. Dieu n'était pas sexy, et Vénus ne s'en laissait pas conter.
Si tu cherches à connaître la vérité de tes origine, petit humain orgueilleux, tu seras surpris de voir que toute cette histoire n'est que vanité, colère, frustration et caprices.
Mais.
Il y a toujours un mais, n'est-ce pas?
Un jour de banquet, imagine le banquet, tous les dieux (les Douze comme ils s'appellent entre eux) et Dieu, sont assis autour d'une éclaircie leur donnant à voir le festin que les humains leur préparent, et ils boivent (Dionysos sait toujours avant eux le vin qu'ils préfèreront), attendant que les offrandes soient offertes. Il fait toujours beau au-dessus des nuages, c'est facile de savoir comment se vêtir chaque matin, en fait ils ne se donnent même plus la peine de réfléchir, une toge blanche c'est bien assez. Ils boivent, l'apéritif est un moment sacré.
Et puis, le vin monte à la tête.
C'est dangereux de faire boire du vin à des dieux. Les conséquences peuvent être terribles.
Une dispute éclate soudain entre Dieu et Jupiter, chacun d'eux voulant s'accorder la première place, dieu des dieux. Iznogoud* n'a rien inventé.
Dieu et Jupiter se font face, terribles, puissants, immenses, géants. Ils se jaugent, se mesurent des yeux, se foudroient. Les autres ne font plus les malins. Leur conférence de Yalta** est remise à plus tard, pour le moment ils savent bien qu'ils n'ont aucune chance de récolter quelque planète que ce soit, ils attendront la fin de la bataille et ramasseront les miettes du partage.
Jupiter et sa foudre lancent des éclairs. Dieu sépare les eaux, jette des poissons, des grenouilles, des serpents. Une pluie brûlante fait hurler les humains plus bas.
Soudain, la lance de Jupiter s'envole dans l'espace inter-sidéral, tel le vaisseau de Dark Vador***. Mais.
Comment ça un deuxième mais?
Oui, un rebondissement, dirons-nous.
La lance heurte une planète. Celle-là tu ne peux pas la connaître car elle n'existe plus depuis ce jour funeste. Explosion. Granitus est éparpillée par petits bouts façon puzzle. Zeus ne correctionne plus, il dynamite, il disperse, il ventile****.
Des années plus tard (je dis années, mais les dieux s'en fichent du temps), un type se balade en forêt avec son chat. C'est la première fois qu'il vient là. Il fait beau, c'est l'été, les fougères sont hautes, les feuilles des chênes vertes et charnues, l'ombre est propice à la méditation, alors que dès l'orée du bois le soleil tape.
Il pose ses fesses sur l'herbe, son dos appuyé contre un rocher. Il hésite à sortir un livre de sa besace, il n'est pas lecteur, c'est une bonne âme qui lui a fourré ces pages dans son sac. Il préfère dégoupiller son canif, et torturer une branche de bois lisse trouvée au sol.
Il rumine.
Ses mains trahissent ses pensées sombres. Des étincelles jailliraient du bois qu'il taille s'il n'y prenait pas garde. Faudrait pas mettre le feu, non plus.
Au temps qui passe, son dos se détend et sa colère se dissipe.
Le chat cesse de fureter et vient se poser contre sa cuisse. Il est noir, le chat.
L'homme s'endort.
Il rêve.
Le chat aussi. T'ai-je dis le prénom de l'animal? Crépidule. Il ne fait qu'un avec son maître.
Ces deux-là, allongés dans l'herbe, s'agitent. Leurs paupières tremblent, on devine dessous leurs yeux qui roulent. Les membres sont pris de mouvements brusques, comme s'ils tombaient d'on ne sait où.
Ils cauchemardent peut-être?
Moi, je vais te dire.
Ils se sont assis là où il ne faut pas. Je ne sais pas si je vais décider de les laisser en vie ou pas, ces deux-là. Sache, et tu comprendras, qu'ils sont sur un lieu chargé d'histoire, de pouvoir, de force tellurique et céleste à la fois, oui, ça existe les endroits comme ça.
Contre le dos de l'homme, un dolmen. De ces pierres granitiques tombées du ciel un jour où Jupiter et son pote Dieu se faisaient la guerre. Jupiter a gagné. Mais, partout sur Terre, des morceaux de Granitus, la planète envolée.
Les humains qui sont entrés en contact avec ces blocs de poussière planétaire, soit sont morts, soit sont devenus druides, ou fous, ou mystiques. C'est que l'esprit humain ne peut pas entendre telle vérité. Ne peut pas l'appréhender. C'est plus grand que lui.
Alors, pour plaire à la fois aux dieux et aux hommes, les quelques Inspirés, des Justes presque, ont tenté de rassembler en une forme arrondie, douce, ces poids énormes. Ils ont fait croire à un abri, à un autel, à des sculptures de gaulois irréductibles...ils feraient croire n'importe quoi, pour que l'homme simple d'aujourd'hui accepte l'idée de ces roches étrangères. On en leur dira pas "extra-terrestres", ce serait trop.
Crépidule émet un long miaulement. Et se tait.
Crépidule, c'est mon chat fétiche, je me suis déjà servi de lui à Saint-Cado. Cette fois encore, il va sauver une âme. Parce que je suis trop bonne.
L'homme se réveille, engourdi, étourdi, ahuri. Il voit son chat près de lui, mais ne le reconnaît pas. Il est devenu gris.
C'est l'effet dolmen.
La nuit, tous les chats sont gris.
Et la souris danse.
Et le breton est têtu.
Et la bretonne...
Se tait.
* Iznogoud, celui qui voulait devenir calife à la place du calife.
**Conférence de Yalta, ou comment partager un gâteau.
***Dark Vador, le méchant.
****Inspiré des dialogues d'un film cultissime.
Voilà. Sur une idée de Ariana Lamento, dans un commentaire sur le billet précédent, sur le temps de cuisson du gâteau chocolat de ma grande.
29.6.11
27.6.11
Travail? Vacances?
Il ne t'aura pas échappé que je suis peu présente ces temps-ci.
Tu te dis peut-être, comme je l'entends encore, mais puisque tu es à la maison tu as du temps, voire, être à la maison, c'est ne rien faire...
Je vais te dire...
Oui, j'ai du temps.
Du temps pour eux, du temps pour les Zotes, du temps pour la maison qui par définition se doit d'être accueillante, pour les enfants puisque j'en ai trois.
Je m'agace ostensiblement à présent, quand on croit, quand on me dit, quand on pense, que je ne fais rien de mes journées, puisque moi, chaque matin je ne prends pas ma voiture pour aller embaucher à 8 heures.
A vrai dire, j'ai failli. Le plein temps.
Je connais le "travail, le vrai", celui qui te mobilise à l'extérieur, 8 heures par jour, pour gagner ta croûte. Je connais les jours aux 5 lessives, la fatigue dans les jambes en rentrant le soir et le soupir pour le repas à préparer. Voire sauter. Je l'ai fait. Avec deux enfants. Avec les frais de garde, les frais de gasoil, le bordel dans les chambres, la tête dans le guidon.
Pour un "travail, un vrai" qui ne me plaisait pas.
Certains aspects pourtant, peuvent me manquer, parfois, l'hiver. Les Gens. Le contact. S'apprêter aussi pour aller maquillée (ou non) coquette etc, me placer derrière un guichet, un bureau.
Ce qui ne me manque pas, c'est le bourrage de crâne, la répétition des gestes, le train-train immuable, attendu, la perte de mes neurones à chaque retrait d'argent, les mêmes phrases aux téléphones pour vendre un produit parce que la personne avait été choisie par un logiciel comme "appétante", ou bien "profilée", on lui créait un "besoin".
Je rentrais, je n'avais pas vu les premiers pas de ma fille.
Maintenant, je suis "à la maison". Alors, c'est connu, je glande.
C'est vrai, "un travail, un vrai" c'est produire quelque chose, rapporter, être une valeur ajoutée à la société. Alors, à la maison, je ne crée rien, n'est-ce pas? je ne vends rien, donc, je ne rapporte rien.
Ne me dis plus jamais, qui que tu sois, que j'ai le temps et que être à la maison, c'est pouvoir adhérer à tous les trucs bénévoles (tu ne rapportes rien, mais donne moi tes bras pour que tu sois au moins utile à quelque chose), dire oui à toutes les réunions à toutes les heures (ben oui, tu n'as pas de contrainte horaire) et tant qu'à faire, tiens, c'est toujours toi que j'appelle pour aller réceptionner un colis, puisque moi, j'ai "un travail, un vrai", et que je ne peux pas être là.
Je vais te dire, une vérité vraie.
Je n'ai PAS le temps.
Je suis là, mais je ne suis pas là.
Ce qu'il me plait de créer ne rapporte rien de concret. Ou si. Un art de vivre. Un contexte. Je favorise ton environnement. Je crée un cadre. Comme je cadre les photos et que je choisis mes mots.
Parfois, j'ai l'impression que je sème. Une graine, une plante inconnue, dont le fruit peut mettre des années à maturer. Je ne sais pas ce que je vais récolter. Je m'en moque à vrai dire. J'aimerais bien récolter quelque chose mais ce n'est pas mon but premier. Pas encore. Il me faut vivre, pour le moment, à ma façon, aussi bien que je peux, en correspondance avec l'idée que je me fais de la vie. Je n'ai pas un rond, mais j'ai un jardin. Je peux être à découvert, mais la mer aussi découvre le sable à quelques pas de chez moi. Je mange des pâtes? oui, mais j'aime les pâtes.
J'ai, avec Lui, créé la chambre d'hôtes. Parce ce que nous aimons les gens, parce que nous aimons notre Bretagne et que nous aimons partager. Nous pourrions augmenter les prix. Mais alors, nous perdrions les zôtes qui nous ressemblent. Ceux qui partagent les mêmes goûts, idées, valeurs parfois.
Mon travail, le vrai, c'est celui qui ressemble à vos vacances, puisqu'il se doit de vous faire sentir bien, en vacances.
Mon salaire, c'est votre sourire, votre plaisir, vos mmmmm, ou exclamations de contentement.
Mon salaire, c'est le plaisir que j'ai à faire des salades de fruits qui ressemblent à des fleurs. Façonner le pain. Sentir le pain d'épices quand je tranche en plein.
Mon travail, le vrai, est à l'intérieur. A l'intérieur dans la maison, à l'intérieur de vous, toi, moi.
Ne dis plus jamais qu'à la maison, qui que ce soit, glande.
Mais comme je ne suis pas rancunière, je te donne quelques photos, de mon travail, de mes vacances...
ps: je ne vise personne, seulement les idées préconçues...
Tu te dis peut-être, comme je l'entends encore, mais puisque tu es à la maison tu as du temps, voire, être à la maison, c'est ne rien faire...
Je vais te dire...
Oui, j'ai du temps.
Du temps pour eux, du temps pour les Zotes, du temps pour la maison qui par définition se doit d'être accueillante, pour les enfants puisque j'en ai trois.
Je m'agace ostensiblement à présent, quand on croit, quand on me dit, quand on pense, que je ne fais rien de mes journées, puisque moi, chaque matin je ne prends pas ma voiture pour aller embaucher à 8 heures.
A vrai dire, j'ai failli. Le plein temps.
Je connais le "travail, le vrai", celui qui te mobilise à l'extérieur, 8 heures par jour, pour gagner ta croûte. Je connais les jours aux 5 lessives, la fatigue dans les jambes en rentrant le soir et le soupir pour le repas à préparer. Voire sauter. Je l'ai fait. Avec deux enfants. Avec les frais de garde, les frais de gasoil, le bordel dans les chambres, la tête dans le guidon.
Pour un "travail, un vrai" qui ne me plaisait pas.
Certains aspects pourtant, peuvent me manquer, parfois, l'hiver. Les Gens. Le contact. S'apprêter aussi pour aller maquillée (ou non) coquette etc, me placer derrière un guichet, un bureau.
Ce qui ne me manque pas, c'est le bourrage de crâne, la répétition des gestes, le train-train immuable, attendu, la perte de mes neurones à chaque retrait d'argent, les mêmes phrases aux téléphones pour vendre un produit parce que la personne avait été choisie par un logiciel comme "appétante", ou bien "profilée", on lui créait un "besoin".
Je rentrais, je n'avais pas vu les premiers pas de ma fille.
Maintenant, je suis "à la maison". Alors, c'est connu, je glande.
C'est vrai, "un travail, un vrai" c'est produire quelque chose, rapporter, être une valeur ajoutée à la société. Alors, à la maison, je ne crée rien, n'est-ce pas? je ne vends rien, donc, je ne rapporte rien.
Ne me dis plus jamais, qui que tu sois, que j'ai le temps et que être à la maison, c'est pouvoir adhérer à tous les trucs bénévoles (tu ne rapportes rien, mais donne moi tes bras pour que tu sois au moins utile à quelque chose), dire oui à toutes les réunions à toutes les heures (ben oui, tu n'as pas de contrainte horaire) et tant qu'à faire, tiens, c'est toujours toi que j'appelle pour aller réceptionner un colis, puisque moi, j'ai "un travail, un vrai", et que je ne peux pas être là.
Je vais te dire, une vérité vraie.
Je n'ai PAS le temps.
Je suis là, mais je ne suis pas là.
Ce qu'il me plait de créer ne rapporte rien de concret. Ou si. Un art de vivre. Un contexte. Je favorise ton environnement. Je crée un cadre. Comme je cadre les photos et que je choisis mes mots.
Parfois, j'ai l'impression que je sème. Une graine, une plante inconnue, dont le fruit peut mettre des années à maturer. Je ne sais pas ce que je vais récolter. Je m'en moque à vrai dire. J'aimerais bien récolter quelque chose mais ce n'est pas mon but premier. Pas encore. Il me faut vivre, pour le moment, à ma façon, aussi bien que je peux, en correspondance avec l'idée que je me fais de la vie. Je n'ai pas un rond, mais j'ai un jardin. Je peux être à découvert, mais la mer aussi découvre le sable à quelques pas de chez moi. Je mange des pâtes? oui, mais j'aime les pâtes.
J'ai, avec Lui, créé la chambre d'hôtes. Parce ce que nous aimons les gens, parce que nous aimons notre Bretagne et que nous aimons partager. Nous pourrions augmenter les prix. Mais alors, nous perdrions les zôtes qui nous ressemblent. Ceux qui partagent les mêmes goûts, idées, valeurs parfois.
Mon travail, le vrai, c'est celui qui ressemble à vos vacances, puisqu'il se doit de vous faire sentir bien, en vacances.
Mon salaire, c'est votre sourire, votre plaisir, vos mmmmm, ou exclamations de contentement.
Mon salaire, c'est le plaisir que j'ai à faire des salades de fruits qui ressemblent à des fleurs. Façonner le pain. Sentir le pain d'épices quand je tranche en plein.
Mon travail, le vrai, est à l'intérieur. A l'intérieur dans la maison, à l'intérieur de vous, toi, moi.
Ne dis plus jamais qu'à la maison, qui que ce soit, glande.
Mais comme je ne suis pas rancunière, je te donne quelques photos, de mon travail, de mes vacances...
ps: je ne vise personne, seulement les idées préconçues...
22.6.11
Radio émotion.
J'avais l'intention de fermer les yeux quelques minutes. S'allonger, fermer les yeux. Ecouter la radio. J'adore écouter la radio les yeux fermés. Pas les infos. Les histoires d'agression, de meurtres et de bactéries, n'aident pas au repos. C'était l'après-midi. Mon fils venait de nous faire un dessin de chat, un joli chat bondissant, qu'il a déposé sur la couette, à côté de moi, "pour papa et pour maman de la pare de M."
Et puis, j'ai entendu cette voix âgée, très âgée, avec de la difficulté à respirer, un homme de 95 ans qui dit les mots d'un autre, les poèmes qu'il connaît par coeur, un de Tristan Corbière, un breton, comme il dit. Il le récite à la journaliste. Je suis saisie par la beauté du poème, à demi endormie. Je réalise que je n'entends bien les mots que quand je suis au repos. Qu'ils ont alors, plus de force. Je peux les goûter pleinement.
C'est comme certains de vous que je lis, je suis séduite, souvent par les textes, les phrases, parfois juste quelques lettres assemblées.
Quand je suis dans l'action, tous les jours, incapable de trouver un moment, sans que j'en "manque" parce que le quotidien me plaît aussi, je ne peux pas lire de la même façon.
Alors, ce vieil homme qui récite. Comme si c'était pour moi, parce que c'est à la radio, juste dans le creux de mon oreille, une voix.
Et puis, on apprend que l'homme est mort. La journaliste (la petite-fille de l'homme) revient voir sa grand-mère. Parler de son Papi. "Ce qu'il reste après". Après l'amour, après la mort. La grand-mère à la voix vive et rieuse, raconte. Elle parle à son homme parti. Elle réchauffe son urne qu'elle trouve trop froide. "J'en suis là", dit-elle. Et la voilà qui récite à son tour les poèmes qu'elle n'écoutait que d'une oreille du vivant de celui qu'elle aimait, elle les apprends à son tour.
Comme si, à travers les mots des autres, elle conversait encore avec son mari.
Ce qu'il reste après, ce sont encore les mots.
Emission de Daniel Mermet "Là-bas si j'y suis"
Et puis, j'ai entendu cette voix âgée, très âgée, avec de la difficulté à respirer, un homme de 95 ans qui dit les mots d'un autre, les poèmes qu'il connaît par coeur, un de Tristan Corbière, un breton, comme il dit. Il le récite à la journaliste. Je suis saisie par la beauté du poème, à demi endormie. Je réalise que je n'entends bien les mots que quand je suis au repos. Qu'ils ont alors, plus de force. Je peux les goûter pleinement.
C'est comme certains de vous que je lis, je suis séduite, souvent par les textes, les phrases, parfois juste quelques lettres assemblées.
Quand je suis dans l'action, tous les jours, incapable de trouver un moment, sans que j'en "manque" parce que le quotidien me plaît aussi, je ne peux pas lire de la même façon.
Alors, ce vieil homme qui récite. Comme si c'était pour moi, parce que c'est à la radio, juste dans le creux de mon oreille, une voix.
Et puis, on apprend que l'homme est mort. La journaliste (la petite-fille de l'homme) revient voir sa grand-mère. Parler de son Papi. "Ce qu'il reste après". Après l'amour, après la mort. La grand-mère à la voix vive et rieuse, raconte. Elle parle à son homme parti. Elle réchauffe son urne qu'elle trouve trop froide. "J'en suis là", dit-elle. Et la voilà qui récite à son tour les poèmes qu'elle n'écoutait que d'une oreille du vivant de celui qu'elle aimait, elle les apprends à son tour.
Comme si, à travers les mots des autres, elle conversait encore avec son mari.
Ce qu'il reste après, ce sont encore les mots.
Emission de Daniel Mermet "Là-bas si j'y suis"
mercredi 22 juin 2011
Les derniers jours
"Celui qui cy maintenant dort
Fit plus de pitié que d'envie,
Et souffrit mille fois la mort
Avant que de perdre la vie.
Passant, ne fais ici de bruit
Garde bien que tu ne l'éveille :
Car voici la première nuit
Que le pauvre Scarron sommeille."
Épitaphe de Scarron
Les derniers jours d'un grand-père, René, enregistrés par sa petite-fille, Inès.
Avec la grand-mère, Jeanne.
Un reportage d'Inès Léraud
19.6.11
Ceinture.
Aplati sur un tatami, il essayait de le soulever. Impossible. La sangsue collée au sol bleu, pesait un poids mort, personne n'aurait pu, sauf s'il le voulait. C'est la première vision du judo que j'ai. Cette faculté de maîtriser son corps, en faire la matière dont chaque particule se contrôle et empêche tout contrôle d'un autre.
J'ai tenté à dix ans, puis je me suis tournée vers le karaté. Pour quelques petites années. J'ai tout oublié sauf le premier kata qu'un gamin de six ans saurait faire mieux que moi.
Parfois, on retrouve des histoires en ouvrant les malles. Les kimonos que me tendaient ma mère, nous appartenaient à mon frère et à moi. Je touchais avec émotion le tissu crème, épais, au tissage serré. Ceux-là seront peut-être à la taille de mon fils, disions-nous.
La veste porte un petit carré cousu à l'angle droit du revers. Il dit "Choses, Saint-Pierre, Réunion". Avec un dessin de deux judokas ou karatékas. "Choses", c'était le magasin où les kimonos ont été achetés. Je ne sais pas s'il existe encore. Mais le passage de ces kimonos à mon fils prouve qu'il en reste quelque chose.
A genoux, sur la scène avec ses 119 autres compagnons, il attend. Fier. Il essaie de ne pas sourire, mais ses fossettes le trahissent. Et puis, il reçoit sa nouvelle ceinture. Une blanche et jaune. Il salue. Il sourit, franchement.
Il est beau.
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