Elle riait, elle riait à s'en former des vagues sur le ventre. Elle en pleurait presque.
Le militaire commençait à être contaminé. Ses yeux s'éclaircirent, le coin de la bouche frémissait.
"Mais enfin madame, que vous arrive t-il?
Elle ne pouvait bien sûr, pas répondre.
L'homme s'approcha un peu plus, jeta un oeil dédaigneux sur la cadavre, un autre sur l'enfant dans les bras de Macha et s'écria
-Vous trouvez qu'il y a de quoi rire?
Derrière eux, sur la dune verte et mouvante, la grappe des soldats chuchotait.
Dans l'énorme et bruyant hélicoptère, une porte voix hurlait :
-Coupez, coupez!
Sur les rails posés sur le sable (péniblement, l'équipe technique avait posé une centaine de mètres de rails miniatures pour les travelling de Macha suivant le sentier) le petit train de la caméra s'arrêta, le conducteur descendit de son petit siège, et s'approcha furibond, prêt à morigéner l'actrice.
La femme allongée, le cadavre, se redressa, telle une morte-vivante, et le visage hilare, tapa sur le dos de Macha pour tenter de la calmer.
-Macha, t'es pas sympa, j'avais déjà froid sur ce sable humide, va falloir tout recommencer!
Le bébé attrapait les cheveux blonds de Macha pour en faire un hochet, elle le fit cesser en le reposant sur la poussette.
-Je suis désolée, finit-elle par hoqueter, mais vous êtes tellement, tellement vrais et si... ridicules, j'ai pas pu m'en empêcher.
Le script précisait qu'elle devait se fâcher avec le colonel émergeant du champ de sable, le traiter d'irresponsable d'avoir tiré à balles réelles sur cette pauvre femme qui passait par là.
Le colonel devait quand à lui expliquer que ce n'était pas un champ de sable mais un champ de tir, et qu'ils n'étaient pas là pour jouer à la poupée.
Macha était sensée reconnaître la femme morte comme celle ayant kidnappé un bébé dans la maternité où elle travaillait, le bébé en question étant dans ses bras. On laissait peu de place à l'explication de l'acte d'enlèvement, tant il est vrai que seul le désespoir de la solitude pouvait entraîner ce comportement. Ou bien la folie. Le spectateur peut décider comme il veut le sens d'un vol.
Il y avait sûrement une morale à cette histoire, mais chacun sait bien que dans la vie c'est ni blanc ni noir, et qu'en vrai on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a.
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25.3.12
20.3.12
Le champ de sable #5
Le sable s'était introduit dans ses chaussures quand elle avait grimpé la dune avant de trouver l'enfant. Elle s'en agaça en se relevant après avoir chancelé devant le spectacle morbide qui l'accablait. Elle s'étonnait d'avoir pensé au sable dans ses chaussettes alors que près d'elle gisait un corps. Un moment d'immobilisme, à se demander quoi faire. Elle savait déjà que le portable ne passait pas à cet endroit de la côte, elle ne pouvait ni abandonner le bébé, ni laisser le corps à ses pieds. D'ailleurs, elle ne voyait pas le visage de ce qui semblait être une femme. Bien couverte d'une parka brune, une écharpe enroulée plusieurs fois, des chaussures de marche... Elle semblait minuscule, à peine plus grande qu'une adolescente, brune aux cheveux courts. Macha se pencha en avant pour constater son état. Peut-être respirait-ele encore?
Elle retourna le visage vers elle avec une sensation de dégoût, vit les yeux bleus ouverts et l'expression de surprise, mais aucun signe de vie.
Pourtant, elle eut une impression de déjà-vu. Ce visage lui était familier, ce masque mortuaire neutre et inanimé, elle l'avait rencontré quelque part, mais où?
Elle prit le bébé dans ses bras, ce qui l'apaisa en quelques minutes.
Elle regardait autour d'elle, ne sachant quoi chercher, faisant semblant de réfléchir alors que ses pensées s'entrechoquaient brutalement entre les parois de son crâne.
La dune bougeait.
Elle vibrait, comme l'air chaud qui se dégage du sable et forme un mirage.
Un vrombissement énorme lui emplissait les oreilles.
Ce ne furent pas des centaines de lapin sortant des terriers qui faisaient ce mouvement irréel, mais plusieurs hommes en tenue de camouflage, qui s'avançaient vers elle.
Le bruit insoutenable était celui d'un super-frelon qui s'approchait, sans doute pour récupérer sa cargaison de fusiliers-marins.
Elle se crut dans "la ligne rouge" sans les papillons ni les oiseaux, juste l'affreux bourdonnement de la grosse guêpe qui relançait les pleurs de l'enfant.
"Que faites-vous là, madame? " lui lança de loin celui qui devait être le chef.
Interloquée, Macha ne sut quoi répondre. Elle regardait ce déferlement de virilité campagnarde, et fut prise d'un fou rire incongru.
Elle retourna le visage vers elle avec une sensation de dégoût, vit les yeux bleus ouverts et l'expression de surprise, mais aucun signe de vie.
Pourtant, elle eut une impression de déjà-vu. Ce visage lui était familier, ce masque mortuaire neutre et inanimé, elle l'avait rencontré quelque part, mais où?
Elle prit le bébé dans ses bras, ce qui l'apaisa en quelques minutes.
Elle regardait autour d'elle, ne sachant quoi chercher, faisant semblant de réfléchir alors que ses pensées s'entrechoquaient brutalement entre les parois de son crâne.
La dune bougeait.
Elle vibrait, comme l'air chaud qui se dégage du sable et forme un mirage.
Un vrombissement énorme lui emplissait les oreilles.
Ce ne furent pas des centaines de lapin sortant des terriers qui faisaient ce mouvement irréel, mais plusieurs hommes en tenue de camouflage, qui s'avançaient vers elle.
Le bruit insoutenable était celui d'un super-frelon qui s'approchait, sans doute pour récupérer sa cargaison de fusiliers-marins.
Elle se crut dans "la ligne rouge" sans les papillons ni les oiseaux, juste l'affreux bourdonnement de la grosse guêpe qui relançait les pleurs de l'enfant.
"Que faites-vous là, madame? " lui lança de loin celui qui devait être le chef.
Interloquée, Macha ne sut quoi répondre. Elle regardait ce déferlement de virilité campagnarde, et fut prise d'un fou rire incongru.
Le champ de sable #4
Comme chaque jour, Camille préparait la balade. Léa babillait dans le parc, du haut de ses six mois elle commençait à se retourner avec vigueur, jouait avec tous les objets qui passaient à portée de main. Camille avait décidé de ranger la nacelle du landau qui se faisait maintenant un peu étroite pour Léa. Elle enleva les garnitures en coton rayé pour les mettre à laver. Le fin matelas en mousse s'enlevait facilement de la base du couffin qui avait un dossier relevable. Elle senti sous ses doigts le petit bonnet qui entourait la tête de Léa à sa sortie de la maternité. Tout lui revint en mémoire.
Elle ressenti à nouveau la sensation qui l'avait saisie alors qu'elle passait les portes coulissantes de l'hôpital, Léa dans ses bras. Elle se souvint de son coeur qui battait à tout rompre, de sa frayeur, de son bonheur. Elle n'avait pas souffert la naissance, elle n'avait pas senti la douleur, elle n'avait pas entendu le premier cri, mais cet enfant était sa fille, elle le savait, elle le voulait, elle l'avait tant attendue. Elle n'avait croisé qu'une sage-femme dans les couloirs, elle lui avait souri, en continuant d'avancer, Léa contre elle, endormie.
Elle avait rejoint sa voiture, l'air doux caressait le visage, elle avait tout prévu déjà, puisque la nacelle était déjà fixée aux ceintures de la banquette arrière.
Elle avait posé Léa tendrement et avait démarré, vite, l'euphorie de cet instant magique où elle se sentait enfin mère.
Quelques jours sur les routes, quelques nuits dans les hôtels le temps de rejoindre la côte ouest où elle avait sa maison qu'elle avait quittée quelques mois avant, le temps de se préparer à sa nouvelle vie.
Camille referma la porte de ses souvenirs, de l'angoisse qui l'étreignait à chaque fois qu'elle tournait le bouton de la radio ou qu'elle effeuillait les pages du journal.
Elle était heureuse.
La poussette était prête, le temps idéal avec ce ciel bleu et frais, elle décida de longer la côte, empruntant le sentier qui sinuait entre les dunes. A sa droite elle verrait l'océan, à sa gauche les douces ondulations de l'espace naturel protégé qui rendait la région si belle.
Ce n'était pas encore la saison touristique, elle ne verrait encore personne, peut-être un ou deux cyclistes, peut-être des marcheurs.
Mais elle n'avait pas pensé à ça, non, elle n'avait pas pensé à ces silhouettes qui rampaient dans l'herbe, dissimulées par les tenues de camouflage.
Elle ne pensait pas à ça quand la balle avait sifflé à son oreille.
Elle ressenti à nouveau la sensation qui l'avait saisie alors qu'elle passait les portes coulissantes de l'hôpital, Léa dans ses bras. Elle se souvint de son coeur qui battait à tout rompre, de sa frayeur, de son bonheur. Elle n'avait pas souffert la naissance, elle n'avait pas senti la douleur, elle n'avait pas entendu le premier cri, mais cet enfant était sa fille, elle le savait, elle le voulait, elle l'avait tant attendue. Elle n'avait croisé qu'une sage-femme dans les couloirs, elle lui avait souri, en continuant d'avancer, Léa contre elle, endormie.
Elle avait rejoint sa voiture, l'air doux caressait le visage, elle avait tout prévu déjà, puisque la nacelle était déjà fixée aux ceintures de la banquette arrière.
Elle avait posé Léa tendrement et avait démarré, vite, l'euphorie de cet instant magique où elle se sentait enfin mère.
Quelques jours sur les routes, quelques nuits dans les hôtels le temps de rejoindre la côte ouest où elle avait sa maison qu'elle avait quittée quelques mois avant, le temps de se préparer à sa nouvelle vie.
Camille referma la porte de ses souvenirs, de l'angoisse qui l'étreignait à chaque fois qu'elle tournait le bouton de la radio ou qu'elle effeuillait les pages du journal.
Elle était heureuse.
La poussette était prête, le temps idéal avec ce ciel bleu et frais, elle décida de longer la côte, empruntant le sentier qui sinuait entre les dunes. A sa droite elle verrait l'océan, à sa gauche les douces ondulations de l'espace naturel protégé qui rendait la région si belle.
Ce n'était pas encore la saison touristique, elle ne verrait encore personne, peut-être un ou deux cyclistes, peut-être des marcheurs.
Mais elle n'avait pas pensé à ça, non, elle n'avait pas pensé à ces silhouettes qui rampaient dans l'herbe, dissimulées par les tenues de camouflage.
Elle ne pensait pas à ça quand la balle avait sifflé à son oreille.
19.3.12
Le champ de sable #3
Il allait profiter de sa perm' il se le jurait à lui même. Plus qu'une semaine, et il retournait dans l'Est, vers ses montagnes, il avait le mal du pays dans cet univers si plat, où rien n'arrêtait le regard. Pour ne rien arranger, Katy lui avait envoyé une carte postale qui lui mettait l'inquiétude au coeur, une des cartes qui n'annonce rien mais qui prédit tout, une carte dont on voudrait soulever chaque mot pour savoir ce qui se cache dessous. L'anguille.
Le réveil des fusiliers marins était susceptible d'intervenir à toute heure, toujours prêt devait être le credo.
Mais cette fois, il ruminait. Sa peine de coeur lui jouait des tours au moral, au lieu de s'endormir comme une masse, il faisait des entorses à ses draps, ils ne s'en remettraient jamais, la preuve, il parvenait mal à les lisser le matin. Ses camarades le chambraient, ils ne pouvaient pas savoir, Katy et lui ça remontait à si loin, il n'avait connu qu'elle, et cette dernière carte était...
Ils s'étaient connu au collège. Elle avait des cheveux si blonds qu'il en avait été ému. Quant à elle, elle aimait dire que son aspect sauvage l'avait intéressée, puis défiée. Elle l'avait dans sa poche, il le savait, il l'acceptait, c'est ainsi que vont les hommes et les femmes.
Ils se marieraient et auraient beaucoup d'enfants, quand il aurait avancé dans sa carrière militaire, le seul endroit où il avait réussi à se sentir bien, les règles des casernes étant trop strictes pour se permettre de déraper, et assez cadrées pour lui donner un mur, un sol, un toit, de quoi créer son foyer.
La caserne c'était chez lui, ses collègues, sa famille.
Alors quand il avait lu qu'elle ne prendrait pas de congés pendant son séjour, qu'elle devait lui parler... son sang avait fait un tour, et puis plusieurs, parce que les chocs empêchent de réfléchir, et il avait imaginé qu'elle avait trouvé quelqu'un d'autre, après tout depuis trois ans il était absent la moitié de l'année, et elle avait du mal à le supporter. Il se disait que quand les enfants seraient là, ils l'occuperaient suffisamment pour qu'elle n'aie plus envie de travailler, ou même de continuer à voir ses copines, celles qu'il n'aimait pas, les intellos, les folles du ciboulot, les empêcheuses de penser droit.
Il avait tout prévu, l'achat de la maison, avec ses primes de déplacement, les missions à l'étranger, le théâtre des opérations extérieures comme on disait, il avait risqué sa vie pour lui payer une maison, elle n'allait pas le lâcher maintenant, non. Il avait anticipé la naissance des enfants, mais n'avait appris que récemment qu'elle prenait encore la pilule alors qu'il s'occupait d'elle comme il fallait à chacune de ses visites.
Elle retardait ses projets. Il avait piqué une colère noire. Elle l'avait regardé ahurie. Et elle était partie en claquant la porte. Il avait dû être très persuasif pour qu'elle revienne, ça lui avait pris du temps, toute sa disponibilité quand il était rentré l'hiver dernier pour les fêtes de Noël.
.....
Ils s'étaient connu au collège. Elle avait des cheveux si blonds qu'il en avait été ému. Quant à elle, elle aimait dire que son aspect sauvage l'avait intéressée, puis défiée. Elle l'avait dans sa poche, il le savait, il l'acceptait, c'est ainsi que vont les hommes et les femmes.
Ils se marieraient et auraient beaucoup d'enfants, quand il aurait avancé dans sa carrière militaire, le seul endroit où il avait réussi à se sentir bien, les règles des casernes étant trop strictes pour se permettre de déraper, et assez cadrées pour lui donner un mur, un sol, un toit, de quoi créer son foyer.
La caserne c'était chez lui, ses collègues, sa famille.
Alors quand il avait lu qu'elle ne prendrait pas de congés pendant son séjour, qu'elle devait lui parler... son sang avait fait un tour, et puis plusieurs, parce que les chocs empêchent de réfléchir, et il avait imaginé qu'elle avait trouvé quelqu'un d'autre, après tout depuis trois ans il était absent la moitié de l'année, et elle avait du mal à le supporter. Il se disait que quand les enfants seraient là, ils l'occuperaient suffisamment pour qu'elle n'aie plus envie de travailler, ou même de continuer à voir ses copines, celles qu'il n'aimait pas, les intellos, les folles du ciboulot, les empêcheuses de penser droit.
Il avait tout prévu, l'achat de la maison, avec ses primes de déplacement, les missions à l'étranger, le théâtre des opérations extérieures comme on disait, il avait risqué sa vie pour lui payer une maison, elle n'allait pas le lâcher maintenant, non. Il avait anticipé la naissance des enfants, mais n'avait appris que récemment qu'elle prenait encore la pilule alors qu'il s'occupait d'elle comme il fallait à chacune de ses visites.
Elle retardait ses projets. Il avait piqué une colère noire. Elle l'avait regardé ahurie. Et elle était partie en claquant la porte. Il avait dû être très persuasif pour qu'elle revienne, ça lui avait pris du temps, toute sa disponibilité quand il était rentré l'hiver dernier pour les fêtes de Noël.
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18.3.12
Le champ de sable #2
Quand on la voyait passer au volant de son gros break VW, on se demandait d'abord où étaient les irresponsables parents qui avaient laissé trainer leurs clés de voiture. Sa tête affleurait à peine le volant. Au deuxième coup d'oeil, on reconnaissait la tête brune, les rides de maturité, et on était tenté de lui proposer au moins un siège réhausseur. Pourtant Camille avait bien son permis, depuis une bonne quinzaine d'années, et elle conduisait son break avec assurance. 1, 55, 45 kg toute mouillée, sa silhouette androgyne lui donnait cet air adolescent vite démenti par le regard triste.
Personne ne la connaissait vraiment. On ne lui savait pas de famille. Sa maison, aussi petite que grosse sa voiture, était au bout d'une impasse qui avait pour elle une vue mer, très dégagée. Une maison héritée.
Camille travaillait dans les assurances, allait au club de gym, faisait les courses au supermarché du village, prenait deux semaines de vacances à l'étranger, c'est ce qu'on disait, ne souriait jamais, ne parlait pas souvent.
Un jour pourtant, on a vu s'accumuler le courrier dans sa boite, entre les publicités et les journaux, le facteur n'avait reçu aucune consigne, et continuait de croire qu'elle allait rentrer.
Il se passa six mois durant lesquels les bavardages allaient bon train et sans que personne n'aille chercher plus loin. Ici, chacun sait ce qui se passe chez le voisin, mais n'interviendra pas.
Et puis, le break fut de nouveau garé devant le portail blanc, et les volets roulants rentrés.
On vit Camille avec une poussette, une belle, on vit aussi que son regard n'était plus le même.
Les spéculations atteignirent un sommet. Mais qui était le père?
Jamais personne ne prenait d'apéro chez Camille, jamais une autre voiture ne se plaçait derrière la sienne, jamais on n'eut la moindre suspicion d'une aventure possible.
Et pourtant une métamorphose semblait s'être opérée. Camille souriait, Camille parlait aux gens, allait se promener tous les après-midi en poussette, et les lumières de sa maison restaient allumées tard dans la nuit.
Elle invita les voisins à fêter son "retour" et présenta sa fille à qui voulait et qui s'en fichait tout autant, mais la curiosité était la plus forte.
Personne ne se risqua à poser plus de question sur le père hypothétique après qu'elle eut annoncé qu'il s'était tué dans un accident de voiture. Un drame horrible, la voiture sous un car, elle l'avait connu à son travail, il s'assurait chez eux, et ils allaient se marier surement un jour.
Camille ne demandait l'aide de personne pour s'occuper de son bébé, et ne le quittait jamais, ni d'un oeil, ni une minute. Elle ne s'attacha à personne en particulier bien que de nombreuses voisines, attendries par l'histoire de cette petite, se proposèrent de dépanner pour les courses ou pour peut-être une soirée cinéma, elle devait bien avoir envie d'aller passer un moment de loisir, non? Non.
Camille et sa fille, Léa, devinrent le couple le plus soudés et le plus célèbre du village et pourtant le plus anonyme aussi.
....
Personne ne la connaissait vraiment. On ne lui savait pas de famille. Sa maison, aussi petite que grosse sa voiture, était au bout d'une impasse qui avait pour elle une vue mer, très dégagée. Une maison héritée.
Camille travaillait dans les assurances, allait au club de gym, faisait les courses au supermarché du village, prenait deux semaines de vacances à l'étranger, c'est ce qu'on disait, ne souriait jamais, ne parlait pas souvent.
Un jour pourtant, on a vu s'accumuler le courrier dans sa boite, entre les publicités et les journaux, le facteur n'avait reçu aucune consigne, et continuait de croire qu'elle allait rentrer.
Il se passa six mois durant lesquels les bavardages allaient bon train et sans que personne n'aille chercher plus loin. Ici, chacun sait ce qui se passe chez le voisin, mais n'interviendra pas.
Et puis, le break fut de nouveau garé devant le portail blanc, et les volets roulants rentrés.
On vit Camille avec une poussette, une belle, on vit aussi que son regard n'était plus le même.
Les spéculations atteignirent un sommet. Mais qui était le père?
Jamais personne ne prenait d'apéro chez Camille, jamais une autre voiture ne se plaçait derrière la sienne, jamais on n'eut la moindre suspicion d'une aventure possible.
Et pourtant une métamorphose semblait s'être opérée. Camille souriait, Camille parlait aux gens, allait se promener tous les après-midi en poussette, et les lumières de sa maison restaient allumées tard dans la nuit.
Elle invita les voisins à fêter son "retour" et présenta sa fille à qui voulait et qui s'en fichait tout autant, mais la curiosité était la plus forte.
Personne ne se risqua à poser plus de question sur le père hypothétique après qu'elle eut annoncé qu'il s'était tué dans un accident de voiture. Un drame horrible, la voiture sous un car, elle l'avait connu à son travail, il s'assurait chez eux, et ils allaient se marier surement un jour.
Camille ne demandait l'aide de personne pour s'occuper de son bébé, et ne le quittait jamais, ni d'un oeil, ni une minute. Elle ne s'attacha à personne en particulier bien que de nombreuses voisines, attendries par l'histoire de cette petite, se proposèrent de dépanner pour les courses ou pour peut-être une soirée cinéma, elle devait bien avoir envie d'aller passer un moment de loisir, non? Non.
Camille et sa fille, Léa, devinrent le couple le plus soudés et le plus célèbre du village et pourtant le plus anonyme aussi.
....
16.3.12
Du sable, du sable... (fiction pour s'amuser)
C'était au moins la quatrième fois depuis le début de sa balade, qu'elle se disait qu'il lui aurait fallu un bonnet chaud, quand elle entendit les cris.
Elle était partie du pont, juste en dessous, là où elle avait pu laisser sa voiture, et avait longé la côte. Elle en était à son septième kilomètre à vue de nez, d'après la carte qu'elle avait étudié la veille, depuis la chambre douillette où elle avait posé ses valises quelques jours.
Le vent glacial, elle n'avait pas prévu. Il faut dire que le ciel du matin avait été trompeur, la lueur rosée du soleil qui se reflétait dans les branches de l'arbre en face de la fenêtre de sa chambre lui avait donné des ailes. Il allait faire beau, tel était le message qu'un rayon tendre posait sur sa couverture.
La clé dans le fond de sa poche, la carte dans celle qui faisait le revers de son coupe-vent, ses chaussures de marche toutes neuves, elle allait d'un bon pas depuis trois quarts d'heure.
Devant elle, l'horizon, dégagé de tout nuage, entièrement bleu. Une ligne transparente qui se fondait dans l'océan. Le sable lourd sous ses pieds lui avait fait choisir de marcher sur la partie mouillée. Elle résistait à la tentation d'ôter ses godillots rigides pour aller goûter l'écume blanche qui léchait son pied droit.
L'endroit était désert.
Ou presque.
Elle avait cru un instant au hurlement d'un goéland. Mais seule une sterne s'amusait à jeter ses ailes pointues dans l'eau claire.
Elle porta son regard un peu plus loin, devant elle et à sa gauche, là où la dune abritait un sentier carrossable qu'elle avait ignoré, préférant de loin suivre la plage.
Non, elle ne rêvait pas, il devait s'agir d'un bébé.
Elle ne voyait aucune silhouette. Pas un passant. Les hurlements incessants la décidèrent à grimper sur la dune, passer les ganivelles malgré l'interdiction portée sur les panneaux qu'elle avait lus à l'entrée du sentier. Elle rejoignit vite le chemin de terre et chercha des yeux l'origine du bruit.
C'était tout près.
Le guidon d'une poussette à trois roues, de ces modèles de luxe aux pneumatiques gonflables, les seuls à pouvoir supporter le roulage dans le sable fin des bords de mer, dépassait de la légère inclinaison du sentier.
Soudain, elle eut une pensée émue pour l'excellent petit déjeuner, plein de café et de gâteau de beurre dont elle s'était rempli la panse avant de partir, qui se retrouva au bord de ses lèvres en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.
Près de la poussette où un bambin aux joues rouges d'avoir trop longtemps hurlé, se trouvait allongé un corps de femme, sans vie.
...
Elle était partie du pont, juste en dessous, là où elle avait pu laisser sa voiture, et avait longé la côte. Elle en était à son septième kilomètre à vue de nez, d'après la carte qu'elle avait étudié la veille, depuis la chambre douillette où elle avait posé ses valises quelques jours.
Le vent glacial, elle n'avait pas prévu. Il faut dire que le ciel du matin avait été trompeur, la lueur rosée du soleil qui se reflétait dans les branches de l'arbre en face de la fenêtre de sa chambre lui avait donné des ailes. Il allait faire beau, tel était le message qu'un rayon tendre posait sur sa couverture.
La clé dans le fond de sa poche, la carte dans celle qui faisait le revers de son coupe-vent, ses chaussures de marche toutes neuves, elle allait d'un bon pas depuis trois quarts d'heure.
Devant elle, l'horizon, dégagé de tout nuage, entièrement bleu. Une ligne transparente qui se fondait dans l'océan. Le sable lourd sous ses pieds lui avait fait choisir de marcher sur la partie mouillée. Elle résistait à la tentation d'ôter ses godillots rigides pour aller goûter l'écume blanche qui léchait son pied droit.
L'endroit était désert.
Ou presque.
Elle avait cru un instant au hurlement d'un goéland. Mais seule une sterne s'amusait à jeter ses ailes pointues dans l'eau claire.
Elle porta son regard un peu plus loin, devant elle et à sa gauche, là où la dune abritait un sentier carrossable qu'elle avait ignoré, préférant de loin suivre la plage.
Non, elle ne rêvait pas, il devait s'agir d'un bébé.
Elle ne voyait aucune silhouette. Pas un passant. Les hurlements incessants la décidèrent à grimper sur la dune, passer les ganivelles malgré l'interdiction portée sur les panneaux qu'elle avait lus à l'entrée du sentier. Elle rejoignit vite le chemin de terre et chercha des yeux l'origine du bruit.
C'était tout près.
Le guidon d'une poussette à trois roues, de ces modèles de luxe aux pneumatiques gonflables, les seuls à pouvoir supporter le roulage dans le sable fin des bords de mer, dépassait de la légère inclinaison du sentier.
Soudain, elle eut une pensée émue pour l'excellent petit déjeuner, plein de café et de gâteau de beurre dont elle s'était rempli la panse avant de partir, qui se retrouva au bord de ses lèvres en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.
Près de la poussette où un bambin aux joues rouges d'avoir trop longtemps hurlé, se trouvait allongé un corps de femme, sans vie.
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