Je me rappelais soudain de ces nuits où la Vie.
Ces nuits où le premier cri des nouveaux nés ressemblait à une douce musique. Je les revis, petits, menottes, yeux ardoises, joues rondes, peau de pêche.
J'aime croquer les pêches comme j'aimais embrasser leurs joues rondes, leurs pieds doux, leur peau de bébé. Comme j'aime les embrasser.
Je les ai vus s'approcher comme dans un rêve, ils étaient petits, ils étaient grands, ils étaient fiers. Je les ai vus comme ils ont été, comme ce qu'ils sont et leur devenir.
Au bord de mon lit, ils me disent, "ferme les yeux, maman", je continue de faire semblant de dormir, c'est facile, il est encore tôt, je suis bien, au chaud, et je souris.
J'entends leurs chuchotement, l'un qui dit: "cache dans ton dos" l'autre qui chante "bonne fête mamannn", et je sais que j'ai le droit d'ouvrir les yeux.
Leurs yeux.
Ils sourient, ils brillent, ils sont ravis.
Leurs sourires.
Ils sont grands, inquiets, jubilent.
Trois paquets sous mon nez. Tout revient, du premier dessin au dernier collier, j'ai tout gardé en mémoire. Je pense aussi aux maîtresses, j'admire leur imagination et leur savoir-faire.
Trois cadeaux du coeur.
Ca fait des semaines que je les entends dire "c'est un secret", "on ne peut le dire qu'à papa" et c'est bien la première année que je ne devine rien.
Pas de jaloux, je fais amstramgram pour savoir par lequel je commence: un collier de perles en papier. Puis je continue, un coeur rouge en bois, avec miroir, "je t'avais dit maman" et enfin, un coeur de roses en papier, cette année, encore je suis gâtée.
Croyez-vous que ce soit vraiment un conte?
Affichage des articles dont le libellé est Contes du Hamac. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Contes du Hamac. Afficher tous les articles
30.5.10
24.5.10
Torpeur (conte du hamac/4)
Enfin.
J'ai longtemps espéré ce voyage qui m'a conduite jusqu'ici.
Nous marchions dans le désert, le pas lent de la monture nous permettant de ne pas trop réfléchir à la direction, elle seule saurait nous mener à destination.
Je n'aurais jamais pensé avoir si chaud.
Partir au petit, très petit matin, alors que les étoiles n'ont pas encore renoncé à la nuit, parler au début, pour se réveiller, pour se dire notre enthousiasme, bivouaquer alors qu'enfin l'horizon se révèle à nos yeux émerveillés, un thé, brûlant, un feu intérieur qui nous permettrait peut-être de mieux résister à l'incendie du désert.
Sans qu'on s'en rende compte les voix se sont tues, cherchant à garder à intact la moindre bouffée d'air qui nous parvenait. Sans qu'on s'en aperçoive, le pas s'est fait moins rapide, il me semble que nous aurions tous aimés enfourcher la monture, la délivrer de son bât pour le remplacer par le nôtre.
Le guide était imperturbable.
Nous autres citadins, gens de la ville, avec nos godillots neufs et nos sahariennes de pacotille. Il nous avait prévenus. Il nous avait dit en quelques mots que ce serait dur. Nous le savions sans trop y croire, on ne sait ses limites que si on les approche, nous avions depuis des heures l'impression de les avoir franchies mille fois.
Il faut dire que la luminosité.
Il faut imaginer marcher sur la bande de sable chaud, bouillant, qui, de loin, fait vibrer l'air, dessinant nos silhouettes comme des traits de pinceaux d'aquarelle, des taches imprécises et sombres ou mouvantes, insaisissables. Aquarelle, peinture à l'eau, impensable en ce lieu.
Je marchais lentement, mes pas dans les pas de celui qui me précédait, le sable me faisant comme une gangue de papier de verre, la chaleur traversant mes semelles épaisses comme une feuille de cigarette, enfin, c'est ce qu'il me semblait alors.
Ma bouche devait être aussi gondolée que le meilleur carton d'emballage, et la soif qui gonflait ma langue, ne devait rien envier aux naufragés du radeau de la méduse, entourés d'eau mais morts de soif.
Il faut dire que j'avais tout bu.
Et les autres aussi.
Nous avions confiance dans le guide, mais la torpeur gagnait du terrain.
Nous étions ensuqués, même plus collants de la transpiration du début, juste secs, durs, muets, abattus par la chaleur suffocante du sable, de cette planète de sable, car il semblait bien que nous n'arriverions jamais.
Et puis, alors qu'on ne l'attendait plus, nous avons senti un changement d'atmosphère. L'air s'est allégé autour de nos épaules fourbues, nous sentions comme un certaine humidité reconquérir nos palais, et l'entrain de revenir alors qu'au loin nous vîmes du vert et du bleu, couleurs de l'espérance s'il en est.
Le vent soulevait nos chemises, les oiseaux marins nous saluaient, nos pas se faisaient plus rapides, nous étions arrivés. La mer et ses bienfaits.
A l'heure où je vous parle, je suis dans un hamac merveilleux, suspendus entre deux arbres à la verte ramure, et le vent me souffle aux oreilles que j'ai fait quelque chose de bien, mais il me demande à quoi ça va bien me servir tout ça.
T'occupes, lui réponds-je.
Ce vent est bien curieux, je trouve.
J'ai longtemps espéré ce voyage qui m'a conduite jusqu'ici.
Nous marchions dans le désert, le pas lent de la monture nous permettant de ne pas trop réfléchir à la direction, elle seule saurait nous mener à destination.
Je n'aurais jamais pensé avoir si chaud.
Partir au petit, très petit matin, alors que les étoiles n'ont pas encore renoncé à la nuit, parler au début, pour se réveiller, pour se dire notre enthousiasme, bivouaquer alors qu'enfin l'horizon se révèle à nos yeux émerveillés, un thé, brûlant, un feu intérieur qui nous permettrait peut-être de mieux résister à l'incendie du désert.
Sans qu'on s'en rende compte les voix se sont tues, cherchant à garder à intact la moindre bouffée d'air qui nous parvenait. Sans qu'on s'en aperçoive, le pas s'est fait moins rapide, il me semble que nous aurions tous aimés enfourcher la monture, la délivrer de son bât pour le remplacer par le nôtre.
Le guide était imperturbable.
Nous autres citadins, gens de la ville, avec nos godillots neufs et nos sahariennes de pacotille. Il nous avait prévenus. Il nous avait dit en quelques mots que ce serait dur. Nous le savions sans trop y croire, on ne sait ses limites que si on les approche, nous avions depuis des heures l'impression de les avoir franchies mille fois.
Il faut dire que la luminosité.
Il faut imaginer marcher sur la bande de sable chaud, bouillant, qui, de loin, fait vibrer l'air, dessinant nos silhouettes comme des traits de pinceaux d'aquarelle, des taches imprécises et sombres ou mouvantes, insaisissables. Aquarelle, peinture à l'eau, impensable en ce lieu.
Je marchais lentement, mes pas dans les pas de celui qui me précédait, le sable me faisant comme une gangue de papier de verre, la chaleur traversant mes semelles épaisses comme une feuille de cigarette, enfin, c'est ce qu'il me semblait alors.
Ma bouche devait être aussi gondolée que le meilleur carton d'emballage, et la soif qui gonflait ma langue, ne devait rien envier aux naufragés du radeau de la méduse, entourés d'eau mais morts de soif.
Il faut dire que j'avais tout bu.
Et les autres aussi.
Nous avions confiance dans le guide, mais la torpeur gagnait du terrain.
Nous étions ensuqués, même plus collants de la transpiration du début, juste secs, durs, muets, abattus par la chaleur suffocante du sable, de cette planète de sable, car il semblait bien que nous n'arriverions jamais.
Et puis, alors qu'on ne l'attendait plus, nous avons senti un changement d'atmosphère. L'air s'est allégé autour de nos épaules fourbues, nous sentions comme un certaine humidité reconquérir nos palais, et l'entrain de revenir alors qu'au loin nous vîmes du vert et du bleu, couleurs de l'espérance s'il en est.
Le vent soulevait nos chemises, les oiseaux marins nous saluaient, nos pas se faisaient plus rapides, nous étions arrivés. La mer et ses bienfaits.
A l'heure où je vous parle, je suis dans un hamac merveilleux, suspendus entre deux arbres à la verte ramure, et le vent me souffle aux oreilles que j'ai fait quelque chose de bien, mais il me demande à quoi ça va bien me servir tout ça.
T'occupes, lui réponds-je.
Ce vent est bien curieux, je trouve.
13.5.10
Avant. Peut-être.(Contes du Hamac, 3)
Elle regarde la colline balayée par le vent. Elle voit la chevelure des épis de blé, ployer sous les courants, elle se dit que l'océan ce n'est sans doute pas si différent.
Elle porte une chemise de lin blanche, lacée sur le devant, sa jupe et ses jupons ne touchent pas terre, elle les a relevés pour traverser le ruisseau, tout à l'heure. Elle est un peu décoiffée, le vent, encore, mais ses cheveux sont maintenus par la petite coiffe blanche, toute simple, qu'elle n'a pas besoin d'amidonner, puisque ce n'est pas dimanche tous les jours.
Aujourd'hui, elle regarde la colline, ou plus précisément la ligne jaune qui fait des courbes au loin, le petit chemin que seuls les chevaux empruntent.
Elle se rappelle la dernière fois qu'elle a eu de ses nouvelles, c'était l'hiver alors. Un homme vêtu de noir, avec une cape détrempée et salie par la boue et la pluie, avait cogné à la porte, lui bougonnant un bonjour rapide et lui tendant le petit paquet blanc, ou plutôt beige.
Elle avait réfréné son impatience et lui avait proposé un bol de soupe, qu'il avait bu avec un plaisir évident. Le cheval aux naseaux frémissants, laissant échapper une buée épaisse, avait passé la nuit avec son maître, dans la grange, près des bottes de foin confortables et sèches, surtout.
Elle était restée près de l'âtre, tremblante autant de froid que d'appréhension; et si les nouvelles n'étaient pas bonnes?
Il était parti depuis si longtemps. Avec cette maudite caravane marchande, énorme, grouillante de vie, au chargement lourd, ces chariots pleins à craquer qui descendaient jusqu'aux lointains pays du sud, les chanvres, et les toiles de lin de la région, cette Bretagne florissante alors. Elle savait que c'était un commerce lucratif, elle savait aussi que d'autres tissages venus des pays du nord commençaient à remplir les marchés, presque plus bientôt que les siens, ces toiles qu'elle caressait amoureusement dans l'atelier, une fois sorties du métier.
Bien sûr, c'était important, le négoce.
Mais il lui manquait. Mais elle se sentait seule parfois, même dans la foule la plus dense.
Alors, elle avait ouvert, fébrile, le parchemin. Elle savait lire, c'était une chance, il savait aussi, et son écriture était belle.
Déjà, elle avait été rassurée, tout était de sa main, il était donc en vie quand le coursier avait reçu la lettre.
Elle regardait la colline, le vent qui la malmenait, elle sentait son souffle sur sa joue, et elle se souvenait de l'émotion qui l'avait saisie à ces premiers mots écris.
Elle regardait le sentier, la courbe, l'endroit où elle disparaissait derrière un mamelon vert plus loin sur la gauche, elle espérait encore qu'une silhouette apparaîtrait et que ce serait lui.
Il était marchand et poète. Il était marchand parce que son père l'avait été avant lui, mais il était poète par le regard qu'il portait sur les choses. Et il savait les dire.
Alors, elle gardait les lettres, elle s'en nourrissait quand le temps de faire les choses étaient passées, quand le temps de dormir était enfin venu, elle sortait de dessous le lit le carré de toile qu'elle avait confectionné pour enfermer son trésor. A l'usage, elle n'avait plus besoin du clair de la lune ou de la chandelle d'une bougie, car elle finissait par connaître chaque mot par coeur. Mais caresser de la pulpe de ses doigts l'encre et le papier épais, c'était s'imprégner encore de sa substance à lui. C'était l'imaginer écrire, sur un écritoire improvisé, au coin d'un feu, après une journée harassante sur les routes poussiéreuses des pays chauds. Elle savait qu'il choisissait soigneusement les mots, pour qu'elle voie à travers ses yeux. Elle savait qu'il tournait sa formule plusieurs fois en bouche, comme quand elle faisait les soupes et les bouillons en tentant d'en améliorer l'ordinaire par une herbe, une épice rare parfois. Elle savait sa concentration et la jubilation qu'il mettait dans certains mots pour lui dire la joie d'une belle journée, ou la beauté d'un paysage.
Elle était dans son lit, et elle voyageait grâce à lui.
Mais.
Le muguet avait percé depuis longtemps, les arbres formaient déjà leurs fruits, il serait bientôt temps de moissonner.
Elle attendait.
Impatiente et patiente.
Elle imaginait un monde où les nouvelles circuleraient plus vite, où il suffirait d'un regard, d'une voix, pour être rassurée, même de très loin. Elle imaginait cela et partait d'un grand éclat de rire, seule sur sa colline à regarder le vent décoiffer les cheveux du blé, elle imaginait cela et se disait qu'elle devait être un peu sorcière à croire qu'un jour...
Allo? t'es où?
Elle porte une chemise de lin blanche, lacée sur le devant, sa jupe et ses jupons ne touchent pas terre, elle les a relevés pour traverser le ruisseau, tout à l'heure. Elle est un peu décoiffée, le vent, encore, mais ses cheveux sont maintenus par la petite coiffe blanche, toute simple, qu'elle n'a pas besoin d'amidonner, puisque ce n'est pas dimanche tous les jours.
Aujourd'hui, elle regarde la colline, ou plus précisément la ligne jaune qui fait des courbes au loin, le petit chemin que seuls les chevaux empruntent.
Elle se rappelle la dernière fois qu'elle a eu de ses nouvelles, c'était l'hiver alors. Un homme vêtu de noir, avec une cape détrempée et salie par la boue et la pluie, avait cogné à la porte, lui bougonnant un bonjour rapide et lui tendant le petit paquet blanc, ou plutôt beige.
Elle avait réfréné son impatience et lui avait proposé un bol de soupe, qu'il avait bu avec un plaisir évident. Le cheval aux naseaux frémissants, laissant échapper une buée épaisse, avait passé la nuit avec son maître, dans la grange, près des bottes de foin confortables et sèches, surtout.
Elle était restée près de l'âtre, tremblante autant de froid que d'appréhension; et si les nouvelles n'étaient pas bonnes?
Il était parti depuis si longtemps. Avec cette maudite caravane marchande, énorme, grouillante de vie, au chargement lourd, ces chariots pleins à craquer qui descendaient jusqu'aux lointains pays du sud, les chanvres, et les toiles de lin de la région, cette Bretagne florissante alors. Elle savait que c'était un commerce lucratif, elle savait aussi que d'autres tissages venus des pays du nord commençaient à remplir les marchés, presque plus bientôt que les siens, ces toiles qu'elle caressait amoureusement dans l'atelier, une fois sorties du métier.
Bien sûr, c'était important, le négoce.
Mais il lui manquait. Mais elle se sentait seule parfois, même dans la foule la plus dense.
Alors, elle avait ouvert, fébrile, le parchemin. Elle savait lire, c'était une chance, il savait aussi, et son écriture était belle.
Déjà, elle avait été rassurée, tout était de sa main, il était donc en vie quand le coursier avait reçu la lettre.
Elle regardait la colline, le vent qui la malmenait, elle sentait son souffle sur sa joue, et elle se souvenait de l'émotion qui l'avait saisie à ces premiers mots écris.
Elle regardait le sentier, la courbe, l'endroit où elle disparaissait derrière un mamelon vert plus loin sur la gauche, elle espérait encore qu'une silhouette apparaîtrait et que ce serait lui.
Il était marchand et poète. Il était marchand parce que son père l'avait été avant lui, mais il était poète par le regard qu'il portait sur les choses. Et il savait les dire.
Alors, elle gardait les lettres, elle s'en nourrissait quand le temps de faire les choses étaient passées, quand le temps de dormir était enfin venu, elle sortait de dessous le lit le carré de toile qu'elle avait confectionné pour enfermer son trésor. A l'usage, elle n'avait plus besoin du clair de la lune ou de la chandelle d'une bougie, car elle finissait par connaître chaque mot par coeur. Mais caresser de la pulpe de ses doigts l'encre et le papier épais, c'était s'imprégner encore de sa substance à lui. C'était l'imaginer écrire, sur un écritoire improvisé, au coin d'un feu, après une journée harassante sur les routes poussiéreuses des pays chauds. Elle savait qu'il choisissait soigneusement les mots, pour qu'elle voie à travers ses yeux. Elle savait qu'il tournait sa formule plusieurs fois en bouche, comme quand elle faisait les soupes et les bouillons en tentant d'en améliorer l'ordinaire par une herbe, une épice rare parfois. Elle savait sa concentration et la jubilation qu'il mettait dans certains mots pour lui dire la joie d'une belle journée, ou la beauté d'un paysage.
Elle était dans son lit, et elle voyageait grâce à lui.
Mais.
Le muguet avait percé depuis longtemps, les arbres formaient déjà leurs fruits, il serait bientôt temps de moissonner.
Elle attendait.
Impatiente et patiente.
Elle imaginait un monde où les nouvelles circuleraient plus vite, où il suffirait d'un regard, d'une voix, pour être rassurée, même de très loin. Elle imaginait cela et partait d'un grand éclat de rire, seule sur sa colline à regarder le vent décoiffer les cheveux du blé, elle imaginait cela et se disait qu'elle devait être un peu sorcière à croire qu'un jour...
Allo? t'es où?
30.4.10
L'Homme qui parlait au Vent (conte du hamac)
Depuis quelque temps, le vent souffle.
Faut voir, il n'y a pas un seul nuage dans le ciel depuis au moins deux semaines.
C'est inhabituel.
J'ai voulu en savoir plus.
Je suis allée là où j'étais sûre de rencontrer le vent. Tu peux, toi aussi, si le coeur t'en dit, aller voir là-bas, ce n'est pas si loin, une grande côte, une montagne, une vaste prairie, de l'espace où le vent se nourrit.
La route la plus sage, ici, c'est de suivre la côte. Je trouverai, car je suis en moto. Et en moto, chacun sait que le vent parle vite, tu le sens avant les autres, il peut rester sage, ou pas. C'est à toi de faire attention, tu ne gagneras pas à faire la maligne à croire que le vent ne t'abattra pas.
Alors, j'ai suivi la ligne d'horizon, imprécise aujourd'hui car une sorte de brume s'amusait à faire la gomme sur le trait, crois-moi il fallait regarder à deux fois avant d'être sûre de distinguer le ciel de la mer.
C'est amusant de voir que c'est au moment où plus rien n'a de limite ni de frontière, que c'est le plus beau.
J'ai garé ma moto, là où c'était marqué interdit de stationner. Parce que le vent avait commencé à agir, et me mettait les idées à l'envers. D'ailleurs, je n'étais pas la seule.
Parking, vue mer.
Au début, il n'y avait personne.
Juste un ou deux fous, des fous de vents, qui connaissent un peu le spécimen, car ils avaient mis des casques.
Tu vas à la mer et tu mets un casque. Le vent je te dis, les idées, à l'envers.
J'ai posé mon sac et mon livre (oui, j'avais l'intention de lire aussi, on m'a dit que ça faisait sage, ou bien que l'attente serait moins longue) sur un sable si blanc, que toi, tu te sens bronzée illico.
C'était beau, il faut le savoir.
De la couleur, du blanc, du bleu, du vert. Beau.
En plus, le sable était chaud.
Oui, j'ai enlevé mes bottes. Je suis allée marcher pieds nus sur le sable, tenter de rejoindre la mer, je me disais en passant que j'aurais alors plus de chance de croiser le vent.
Je n'avais pas tort.
Il soulevait mes cheveux en forêt d'épineux, il passait sous ma veste et me chatouillait les côtes, il tentait même de me faire tomber, mais j'ai tenu bon.
J'ai tournoyé, pour sentir son souffle autour de ma tête, sur mon visage et dans mon cou.
J'ai écarté les bras, pour qu'il voie bien que j'étais sans arme.
J'ai couru avec lui, pour qu'il me pousse.
J'ai marché tout contre, pour que j'apprenne.
Je ne me lasse pas du vent.
As-tu remarqué? quand il te parle, tu ne peux rien faire d'autre que l'écouter. Si un quidam tente de te faire croire une de ses quatre vérités, emmène le au vent, tu verras sa bouche faire des ronds, il ressemblera à un poisson.
J'aime le vent.
Et puis, à force de tournoyer, j'ai vu tous les côtés de la plage.
De plus en plus de monde était venu tutoyer le vent.
Mais un seul a retenu mon attention.
Un type, l'air de rien, une silhouette dans le lointain, une ombre, un fil, qui menait son vent à la baguette.
C'est vrai, je te promets, regarde bien, j'en ai la preuve en image.
Tu vois?
Comment penses-tu que ce soit possible ça, si cet homme là n'est pas celui qui parle au vent?
Faut voir, il n'y a pas un seul nuage dans le ciel depuis au moins deux semaines.
C'est inhabituel.
J'ai voulu en savoir plus.
Je suis allée là où j'étais sûre de rencontrer le vent. Tu peux, toi aussi, si le coeur t'en dit, aller voir là-bas, ce n'est pas si loin, une grande côte, une montagne, une vaste prairie, de l'espace où le vent se nourrit.
La route la plus sage, ici, c'est de suivre la côte. Je trouverai, car je suis en moto. Et en moto, chacun sait que le vent parle vite, tu le sens avant les autres, il peut rester sage, ou pas. C'est à toi de faire attention, tu ne gagneras pas à faire la maligne à croire que le vent ne t'abattra pas.
Alors, j'ai suivi la ligne d'horizon, imprécise aujourd'hui car une sorte de brume s'amusait à faire la gomme sur le trait, crois-moi il fallait regarder à deux fois avant d'être sûre de distinguer le ciel de la mer.
C'est amusant de voir que c'est au moment où plus rien n'a de limite ni de frontière, que c'est le plus beau.
J'ai garé ma moto, là où c'était marqué interdit de stationner. Parce que le vent avait commencé à agir, et me mettait les idées à l'envers. D'ailleurs, je n'étais pas la seule.
Parking, vue mer.
Au début, il n'y avait personne.
Juste un ou deux fous, des fous de vents, qui connaissent un peu le spécimen, car ils avaient mis des casques.
Tu vas à la mer et tu mets un casque. Le vent je te dis, les idées, à l'envers.
J'ai posé mon sac et mon livre (oui, j'avais l'intention de lire aussi, on m'a dit que ça faisait sage, ou bien que l'attente serait moins longue) sur un sable si blanc, que toi, tu te sens bronzée illico.
C'était beau, il faut le savoir.
De la couleur, du blanc, du bleu, du vert. Beau.
En plus, le sable était chaud.
Oui, j'ai enlevé mes bottes. Je suis allée marcher pieds nus sur le sable, tenter de rejoindre la mer, je me disais en passant que j'aurais alors plus de chance de croiser le vent.
Je n'avais pas tort.
Il soulevait mes cheveux en forêt d'épineux, il passait sous ma veste et me chatouillait les côtes, il tentait même de me faire tomber, mais j'ai tenu bon.
J'ai tournoyé, pour sentir son souffle autour de ma tête, sur mon visage et dans mon cou.
J'ai écarté les bras, pour qu'il voie bien que j'étais sans arme.
J'ai couru avec lui, pour qu'il me pousse.
J'ai marché tout contre, pour que j'apprenne.
Je ne me lasse pas du vent.
As-tu remarqué? quand il te parle, tu ne peux rien faire d'autre que l'écouter. Si un quidam tente de te faire croire une de ses quatre vérités, emmène le au vent, tu verras sa bouche faire des ronds, il ressemblera à un poisson.
J'aime le vent.
Et puis, à force de tournoyer, j'ai vu tous les côtés de la plage.
De plus en plus de monde était venu tutoyer le vent.
Mais un seul a retenu mon attention.
Un type, l'air de rien, une silhouette dans le lointain, une ombre, un fil, qui menait son vent à la baguette.
C'est vrai, je te promets, regarde bien, j'en ai la preuve en image.
Tu vois?
Comment penses-tu que ce soit possible ça, si cet homme là n'est pas celui qui parle au vent?
Inscription à :
Articles (Atom)

