21.5.10

Matin bleu.

Je ne suis pas encore levée mais j'ai envie d'ouvrir les yeux.
Les fenêtres donnent de la lumière, et l'ouverture laisse passer le son du chant des oiseaux. Il n'y a pas eu de tracteur ni de moissonneuse cette nuit, j'ai bien dormi.
J'aperçois du bleu et du vert.
Voilà qui est de bon présage, le bleu. C'est peut-être que la grisaille se fatigue.
Je ne suis pas encore levée, j'ai ouvert les yeux, et je me dis que l'été. Je réfléchis, un peu, beaucoup, à me demander où est ma robe bleue.
C'est qu'il y a des tiroirs, trop pleins de choses hivernales, alors que ce sont des affaires d'été que j'ai une fringale.
Fouiller, trouver, défroisser, se forcer à repasser un peu, enfiler, se sentir léger.
Ou peut-être que ce sera jupe et chemisier?
Je ne suis pas encore levée, j'ai mis quatre minutes à rédiger ce billet, il en faudra plus pour m'habiller.
A cause du temps que je mettrai à trouver mes affaires d'été.
Tiens, et si je me levais?
Ce qui est certain, c'est que je n'aurai pas à me coiffer ce matin...et ça c'est vachement bien.

18.5.10

Silence...?

Parfois, je reste dehors le soir, quand la nuit est tombée depuis un moment déjà.
J'aime écouter le silence.
Je m'entends quand je dis ça, parce qu'en terme de silence, ça se pose là. J'enlève les bruits divers de moteurs de la technologie humaine, aucune voiture entre autres.
Parce qu'à la campagne, on a des voitures. On a même des tracteurs parfois. Vous avez déjà croisé un tracteur, genre moissonneuse batteuse en pleine nuit noire? Sur une route de campagne, c'est quelque chose de saisissant; le bruit est effrayant, à vrai dire, même de l'intérieur de la maison on l'entends, elle moissonne son champ, la nuit oui, je me demande pourquoi, je me dis urgence météo, ou alors la même moissonneuse pour plusieurs champs, alors faut aller vite, et on travaille même la nuit?
Je sais que plusieurs d'entre vous ont la réponse. M'enfin, imaginez le citadin qui croise sur la petite route de campagne, se croyant seul dans le silence et la nuit noire.
La rencontre est, mémorable. `
D'abord un bruit, un grondement, on tourne la tête, on cherche d'où cela peut bien venir. On est assez vite fixé. Une lueur fantastique fait face à tes yeux ronds, des phares blancs, bien plus hauts que ceux des voitures (ben oui, n'oublie pas la taille des roues de ce monstre là) , et que tu sois dans un véhicule lambda ou à pied, tu ralentis, crois-moi. A pied même (si, tu peux te retrouver sur une route de campagne en pleine nuit, à pied, un repas chez des amis voisins par exemple), à pied donc, même avec ta "pile",  tu piles et tu attends sagement, presque dans le fossé, parce que la largeur, tu vois. Enfin, au fond, la largeur tu ne sais pas vraiment puisque tu ne vois rien avec les phares blancs qui t'aveuglent et te font fermer les yeux.
 Et la route vibre et l'air se remplit d'une odeur de terre, de gasoil, de chaud.
Tu te sens tout petit, et tu as bien raison.
Bref, parfois le soir j'aime contempler le silence de la nuit noire. Je me dis que l'étoile, celle qui est à droite de la lune, a sûrement des tas de choses à raconter depuis le temps qu'elle est là. Oui, l'étoile du berger, par définition ça fait au moins deux mille dix ans qu'elle nous regarde d'en haut.
Silence donc.
Ah non, tiens, j'oublie aussi l'hélicoptère de l'entraînement des commandos. Alors ceux là, c'est pas mal. De la fenêtre de l'appart, on les voyait arriver (après avoir été attirés par le grondement qui précède nécessairement, on se disait, mince, ils vont réveiller les enfants ces couillons) on les voyait tournoyer, enfin, le rouge et le blanc et puis le faisceau du phare qui éclairait la mer, plus bas. Tu imagines ça? larguer une dizaine de gars, de l'hélico, direct dans l'eau, froide, noire, oui, la mer est d'encre la nuit.
Basta le silence.
On n'est plus en appart, on est à la campagne, les champs de blé, de colza, les champs d'huîtres on pourrait dire aussi, ça ne fait de bruit qu'en plein jour l'huître, faut pas délirer tout le temps quand même.
Alors dehors le silence.
C'est vrai, on entends même plus les oiseaux, ceux qui chantent au soleil le matin, on entends plus la pie ni le corbeau, ni le merle ni l'étourneau. Je ne parlerai même pas du bavard multicolore sur la branche, là haut.
C'est vrai.
Mais purée, c'est quoi ces grillons qui te font un tapis d'ondes sur le gazon?
J'aime parfois sortir dehors à la nuit noire, mais qu'on ne me parle pas du silence de la campagne !

17.5.10

Les vérités de Miss.Tic (3)

Le début de "l'exercice", là.


Miss.Tic continue de me faire causer.
Elle a écrit:
                      FEMME DE L'ÊTRE
                      AVEC LES MOTS
                      DE L'ÂME.

Cette phrase là me fait envie, elle me parle. Elle est écrite mais elle en dit beaucoup.
Être une femme de l'être, de l'être humain de l'être vivant, être une femme de lettres, avec ou sans majuscules, juste quelques lettres pour former des mots. Les mots des lettres, les mots de l'être, être ou paraître, oui je sais c'est facile, c'est pourquoi je n'en dirai pas beaucoup.
L'âme est tranchante, elle aiguise les maux, elle coupe, elle cisaille, elle pourrait en faire des gâteaux de mille mots. Mais c'est parfois immangeable.
Je préfère les maux de l'âme, ceux qui font dire que l'on est, avant de paraître, et de pouvoir la mettre en mots, l'âme, permet peut-être à la poule qui tient le couteau, de ne pas se prendre la lame en-porte-à-faux.
N'importe quoi, ce lundi. Ça ne fera rire que moi. Ah!

13.5.10

Avant. Peut-être.(Contes du Hamac, 3)

Elle regarde la colline balayée par le vent. Elle voit la chevelure des épis de blé, ployer sous les courants, elle se dit que l'océan ce n'est sans doute pas si différent.
Elle porte une chemise de lin blanche, lacée sur le devant, sa jupe et ses jupons ne touchent pas terre, elle les a relevés pour traverser le ruisseau, tout à l'heure. Elle est un peu décoiffée, le vent, encore, mais ses cheveux sont maintenus par la petite coiffe blanche, toute simple, qu'elle n'a pas besoin d'amidonner, puisque ce n'est pas dimanche tous les jours.
Aujourd'hui, elle regarde la colline, ou plus précisément la ligne jaune qui fait des courbes au loin, le petit chemin que seuls les chevaux empruntent.
Elle se rappelle la dernière fois qu'elle a eu de ses nouvelles, c'était l'hiver alors. Un homme vêtu de noir, avec une cape détrempée et salie par la boue et la pluie, avait cogné à la porte, lui bougonnant un bonjour rapide et lui tendant le petit paquet blanc, ou plutôt beige.
Elle avait réfréné son impatience et lui avait proposé un bol de soupe, qu'il avait bu avec un plaisir évident. Le cheval aux naseaux frémissants, laissant échapper une buée épaisse, avait passé la nuit avec son maître, dans la grange, près des bottes de foin confortables et sèches, surtout.
Elle était restée près de l'âtre, tremblante autant de froid que d'appréhension; et si les nouvelles n'étaient pas bonnes?
Il était parti depuis si longtemps. Avec cette maudite caravane marchande, énorme, grouillante de vie, au chargement lourd, ces chariots pleins à craquer qui descendaient jusqu'aux lointains pays du sud, les chanvres, et les toiles de lin de la région, cette Bretagne florissante alors. Elle savait que c'était un commerce lucratif, elle savait aussi que d'autres tissages venus des pays du nord commençaient à remplir les marchés, presque plus bientôt que les siens, ces toiles qu'elle caressait amoureusement dans l'atelier, une fois sorties du métier.
Bien sûr, c'était important, le négoce.
Mais il lui manquait. Mais elle se sentait seule parfois, même dans la foule la plus dense.
Alors, elle avait ouvert, fébrile, le parchemin. Elle savait lire, c'était une chance, il savait aussi, et son écriture était belle.
Déjà, elle avait été rassurée, tout était de sa main, il était donc en vie quand le coursier avait reçu la lettre.
Elle regardait la colline, le vent qui la malmenait, elle sentait son souffle sur sa joue, et elle se souvenait de l'émotion qui l'avait saisie à ces premiers mots écris.
Elle regardait le sentier, la courbe, l'endroit où elle disparaissait derrière un mamelon vert plus loin sur la gauche, elle espérait encore qu'une silhouette apparaîtrait et que ce serait lui.
Il était marchand et poète. Il était marchand parce que son père l'avait été avant lui, mais il était poète par le regard qu'il portait sur les choses. Et il savait les dire.
Alors, elle gardait les lettres, elle s'en nourrissait quand le temps de faire les choses étaient passées, quand le temps de dormir était enfin venu, elle sortait de dessous le lit le carré de toile qu'elle avait confectionné pour enfermer son trésor. A l'usage, elle n'avait plus besoin du clair de la lune ou de la chandelle d'une bougie, car elle finissait par connaître chaque mot par coeur. Mais caresser de la pulpe de ses doigts l'encre et le papier épais, c'était s'imprégner encore de sa substance à lui. C'était l'imaginer écrire, sur un écritoire improvisé, au coin d'un feu, après une journée harassante sur les routes poussiéreuses des pays chauds. Elle savait qu'il choisissait soigneusement les mots, pour qu'elle voie à travers ses yeux. Elle savait qu'il tournait sa formule plusieurs fois en bouche, comme quand elle faisait les soupes et les bouillons en tentant d'en améliorer l'ordinaire par une herbe, une épice rare parfois. Elle savait sa concentration et la jubilation qu'il mettait dans certains mots pour lui dire la joie d'une belle journée, ou la beauté d'un paysage.
Elle était dans son lit, et elle voyageait grâce à lui.
Mais.
Le muguet avait percé depuis longtemps, les arbres formaient déjà leurs fruits, il serait bientôt temps de moissonner.
Elle attendait.
Impatiente et patiente.
Elle imaginait un monde où les nouvelles circuleraient plus vite, où il suffirait d'un regard, d'une voix, pour être rassurée, même de très loin. Elle imaginait cela et partait d'un grand éclat de rire, seule sur sa colline à regarder le vent décoiffer les cheveux du blé, elle imaginait cela et se disait qu'elle devait être un peu sorcière à croire qu'un jour...
Allo? t'es où?