9.3.08
5.3.08
Le Poil
T'es au poil si t'as pas de poil. Rapide comme le vent dans les poils. Un poil trop lent.
Mais, en tant que mec qui s'assume, je refuse le diktat qui te met à poil. Merde. Comment tu fais pour garder tes miches au chaud? Pour te boucher les oreilles quand ta gonzesse hurle après tes chaussettes perdues?
Pire: un Gonze sans poils de trois jours n'est plus un gonze. Juste un nase, même pas cap de séduire la madame Michèle de l'immeuble de la rue Tuyau de poêle.
Alors, ouais, le poil, j'en fais une religion.
Marre de ces pub qui défilent, une lame, deux lames, trois lames...et pourquoi pas un coupe gorge tant qu'à faire. Sans queue ni tête le poil est mort. Sans queue? ah! parle pas de malheur.
C'est comme Isidore que j'ai croisé hier; il éructait sur un passant qu'avait pas l'air de l'avoir vu avant de marcher sur la queue de son chien. Sa bête à poils. Il l'a senti passer le vent fripon du postillon de mon pote, le passant. R'viendra plus traîner par ici. Isidore, c'est plus un homme. C'est un déchet.
Quand je créchais rue du port avec mon ex, elle tentait des expériences malheureuses sur mon corps poilu. Genre:"tu vois chéri, la cire froide, c'est moins douloureux". Et scratch. Aaaaah, hurlais-je.
Quand je pense. C'qu'on fait pas, on se met à nu, à poil et sans poil pour la femme, cet être impudique et sournois qui essaie de te changer en play-boy de magazine en un coup de scratch à cire.
Ouais, suis un mec, un vrai, avec du poil à la barbe, aux oreilles et sous les bras.
N'en déplaise à Fernande.
'tain, tu sais pas ce qu'elle voulait pour notre 7ème anniversaire de mariage? (enfin, pas devant le curé hein, juste madame le maire), tu devineras jamais!
Un séjour en Thalasso!
_"Tu vois chéri, on se fait faire des massages, des gommages, des masques, des épilations..."
_"Aaaaah, ai-je hurlé à nouveau. Dalida!"
Encore une fiction allez vous dire, chers lecteurs, qui pour aujourd'hui au moins venez de bien plus loin que d'habitude, et ce grâce à l'évident changement effectué sur les conseils de Nicolas, qui prouve bien qu'un fond clair fait monter...l'audience. Et du coup, ce texte, parce que je suis influençable, sur un jeu "changer de sexe" qui m'a bluffée là et là, par exemple, mais la toile est si étendue, que je me suis perdue. Je croyais même que c'était fini. Que nenni! Bon, après enquête, c'est Zoridae l'instigatrice.
Le Musicien
Il a le cheveu noir, la mèche longue sur le front qui cache ses yeux.
Son nez disgracieux et sa bouche sinueuse n'équilibrent pas un visage par ailleurs viril.
C'est sa machoire nette et carrée qui le lui dit.
Il est plus grand que la fille d'un bon buste, et ça lui donne l'apparence d'un oiseau, à elle, la godiche maladroite et mal enrobée.
A eux deux ils sont légers, aériens, leurs pas les mènent sur un fil invisible, qui oscille entre la vie et l'amour; ils ne savent pas toujours sur quel bord ils vont verser.
La fille est un peu girouette. Elle a trop d'amis, elle se disperse, infidèle.
Mais au fond, elle aime équitablement, mal, mais fort.
Le garçon, qui a l'âge d'un homme mais l'esprit guilleret de l'enfance, aime la musique. D'ailleurs c'est là qu'ils se sont connus: elle faisait du solfège, lui du Violoncelle. Un peu comme si elle apprenait encore à lire et que lui savait déjà écrire des histoires.
Ils se croisaient, elle indifférente à ce grand dadais qui la bousculait dans le couloir, chargé du lourd instrument, lui, la tête qui suit le mouvement de ses pieds, de peur de tomber en crochant sur le bord d'une marche ou d'un trottoir.
Un soir, le petit Théâtre accueillit les élèves confirmés de l'école de musique, il fallait même payer sa place quand on n'était pas de la famille. Famille des musiciens.
La fille était logée au balcon, avec ses amies, venues l'accompagner. Pour les garçons. Un petit copain musicien, c'est prestigieux.
La scène était un peu loin, mais suffisamment bien éclairée pour qu'on distingue l'essentiel, l'instrument, qu'il soit piano ou flûte.
Quand arriva G. la fille ne le reconnut pas tout de suite. Grand, mince, un costume noir et une chemise blanche, le prestige de l'uniforme peut-être, l'aisance du geste loin de toute maladresse sans doute.
Il s'assit, calant confortablement le violoncelle entre ses genoux, sans effort, juste pour accompagner le mouvement. De lui, elle ne distinguait plus que ses cheveux noirs et brillants, les longs doigts blancs musclés, agiles et très mobiles, le bras tendre qui d'un glissement d'archet, avait l'air de caresser le vent.
A dire vrai, s'il fallait qu'elle nomme le morceau qu'elle entendit ce soir là, elle en serait bien incapable. Elle se rappelle juste la chair de poule sur tout son corps, et les larmes qui ont coulé sans qu'aucun sanglot ne trouble la fontaine d'un sentiment nouveau.
Son coeur était meurtri de ce temps perdu, mais il battait à tout rompre, presque à suffoquer, devant l'espoir d'une communion possible avec ce musicien.
Un jour, bien des années plus tard, elle entendit à nouveau du violoncelle, dans un film magnifique, Molière d'Ariane Mnouchkine, et tout revint en mémoire.

Toute ressemblance avec des personnages connus, existants ou rémanents est fortuite, hasardeuse, inexacte, même si l'inspiration vient de l'air aspiré. Ou de l'explosion d'une étoile.
4.3.08
Le Festin
Ceci est un château. Pas n'importe lequel. D'abord il est très blanc. Tout propre. C'était une journée de printemps d'avant le printemps, une de celle où même les non fumeurs sont en terrasse pour boire un café. Il y a des ménestrels dans la ville qui grouille, des danseurs de rue, de l'animation. De la richesse et de la misère côte à côte. Une Grande ville quoi.
Ici, quand on voit un ensemble de jeunes avec dred-locks et chiens sales, on détourne le regard, car ils sont visibles. Ils font peur. La misère, c'est facile d'y tomber, il ne faut pas grand chose.
Dans une grande ville comme Nantes, elle se voit plus, et elle se voit moins. Elle se voit plus car il y en a plus, et moins parce qu'on s'y habitue.
Et ça m'effraie.
Mais les enfants n'ont vu que le château, le tramway, les fontaines, les boutiques de souvenirs de dragons...dans quelques mois, nous en sauront plus de ce qu'ils ont retenu, par un mot découvert ou une expression étonnante.
Par exemple, nous avons vus un château fort, avec des pierres, et sa reine est une Statue. Ben oui. A l'entrée du château, la statue de Bronze d'Anne de Bretagne est postée, à taille quasi normale, dans un mouvement de corps qui la pousse en avant.

Et j'apprends à l'occasion de la recherche de cette photo sur le net que cette statue est de Jean Fréour.
"Voilà. C'est tout." (ça, c'est la phrase préférée de ma dernière)


